L'irréductible village jurassien a rallumé le tison de l'ethnocentrisme et d'une Question jurassienne surannée, à l'heure de la mondialisation et de la construction européenne. Ennuyeuse gesticulation, qui brouille des voisins qui ont pourtant tout intérêt à travailler ensemble. Telle est la perception, superficielle et erronée, de l'initiative «Un seul Jura», ailleurs en Suisse. En l'adoptant avec emphase patriotique, le Jura prend le risque de renforcer les clichés peu amènes de région instable, pauvre, désertique, périphérique et vivant au crochet de la Confédération. Et, au passage, de réduire à néant les efforts louables du canton pour corriger une image qui nie les atouts jurassiens.

Pourtant, «Un seul Jura» est un mal nécessaire. Car, au risque de lasser, la Question jurassienne reste un conflit institutionnel irrésolu. Même le conseiller fédéral Christoph Blocher l'a reconnu. L'initiative, pondérée et non belliqueuse, met une pression nécessaire sur l'Assemblée interjurassienne, seule à même d'imaginer ce que serait un Jura réunifié et de faire passer le message, car elle fonctionne sur le dialogue, la concertation et la négociation. Prêt à partager sa souveraineté, le Jura doit lui faire confiance.

La réunification jurassienne n'est plus affaire de drapeau, de langue et d'identité, mais de raison et d'intérêts. De survie même, pour deux Juras minuscules, en proie aux mêmes handicaps. Les Juras sont condamnés à constituer une communauté d'intérêt et de destin, à réaliser au plus vite, pour s'inscrire ensuite dans des ensembles plus grands, un pied dans le pôle bâlois, l'autre en Suisse occidentale. Car tel est le véritable Défi jurassien.