Ceux qui rêvaient à Swissmetro sont bien sûr déprimés. Rail 2000, enfin réalisé avec le passage au nouvel horaire CFF, est un compromis typiquement helvétique d'une envergure très éloignée de la révolution que promettait le fameux train magnétique. Swissmetro était une utopie, Rail 2000 colle à la réalité d'un petit pays encore riche, mais qui entame sa décroissance économique. Pour une facture qui se chiffre déjà en milliards, les CFF font circuler 12% de trains supplémentaires, qui parcourent 14% de kilomètres en plus. Les habitants des villes sont gagnants. Il y a aussi des perdants, dans les zones «rurbaines», les périphéries, mais ils sont moins nombreux que les bénéficiaires.

Déjà, les grincheux se plaignent. Le moindre retard est vécu comme une épreuve. Une correspondance ratée est un drame, même si le train suivant arrive dans les 30 minutes. C'est ingrat de ne pas reconnaître la qualité globale du service ferroviaire suisse. Surtout, la ponctualité des trains reste la norme. Entendons ce que nous disent les Européens. Nos voisins admirent le passage au nouvel horaire, une «performance extraordinaire». Ils envient la Suisse et son réseau de trains le plus dense du monde. Ils jalousent nos convois à l'heure. Le «Financial Times» voit dans la ponctualité des CFF «une contribution remarquable à la civilisation».

Les CFF ne sont sans doute pas parfaits. Les maladies d'enfance du nouvel horaire mettront les usagers à l'épreuve. Mais sur les grandes lignes, les trains rouleront plus souvent et un peu plus vite. Les pendulaires le reconnaîtront, eux qui sont toujours plus nombreux à se déplacer sur des distances plus grandes. Rail 2000 rétrécit la Suisse d'une taille. Pour le bien général du pays.