Le résultat mirobolant qui se dessine pour les comptes 2000 est embarrassant à plus d'un titre pour Kaspar Villiger. D'une part, il met en doute la crédibilité des prévisions financières qui sont effectuées au moment de l'établissement des budgets fédéraux. En 1998 déjà, les comptes ont bouclé avec un bénéfice de 500 millions alors qu'un déficit de 7,6 milliards avait été prévu. Il y a certes eu la «météorite dorée» de Swisscom cette année-là, mais on a aussi récolté les fruits d'une reprise qu'on n'avait pas vraiment prévue. Rebelote en 1999: au lieu d'un excédent de dépenses de 3,9 milliards, l'exercice a bouclé avec un résultat quasi équilibré (celui-ci s'est transformé en déficit de 2,7 milliards à cause de l'introduction d'une nouvelle méthode de comptabilisation de l'impôt anticipé). Un scénario identique se répète pour l'an 2000, ce qui jette le doute sur la prudence de Sioux affichée année après année par Kaspar Villiger et ne justifie nullement le catastrophisme dont il a fait preuve juste avant Noël, lorsqu'il a décidé de suspendre la réforme de l'imposition des familles. Avec des résultats pareils, le ministre des Finances ne peut plus justifier le gel de ces allégements fiscaux. Ceux-ci sont parfaitement justifiés, car l'impôt fédéral direct frappe inéquitablement la classe moyenne, en particulier les couples mariés. Le rapport financier présenté mercredi, document que les observateurs ne manqueront pas de lire dans le sens qui les arrange, n'indique d'ailleurs pas que cette réforme devrait être abandonnée. Celle-ci est donc plus que jamais nécessaire. La raison doit aujourd'hui l'emporter.