Il y a deux ans, la polémique grondait au bout du Léman. Selon la rumeur - démentie par la suite -, Migros Genève avait introduit un quota de 10% pour l'engagement de travailleurs frontaliers. Aujourd'hui, c'est au tour de Migros France de pratiquer une politique d'embauche qui tourne le dos à la vocation transfrontalière de la région. Cette fois, ce n'est pas une rumeur, c'est un fait. Certes, depuis trois mois, le taux de chômage subit une hausse spectaculaire en Haute-Savoie, jusque-là l'un des départements de l'Hexagone les moins touchés par ce mal très français. Dans ce contexte, il peut paraître légitime de recruter «local». Sauf que l'important projet de Neydens a été vanté comme un emblème de la collaboration. Sauf que les restrictions d'embauche sont en flagrante contradiction, dans leur esprit, avec le projet d'agglomération franco-valdo-genevoise. Une promesse dont la charte d'engagement, signée le 5 décembre 2007, s'étend aux domaines de l'urbanisation, de la mobilité, de la culture, de l'environnement et de l'emploi. A cet égard, les entreprises genevoises ont déjà répondu présent. Une centaine d'entre elles offrent aujourd'hui plus de 600 emplois sur le site du Groupement transfrontalier européen d'Annemasse. Avec sa stratégie de repli, Migros France porte au contraire un mauvais coup au bassin du travail. Le Vitam Parc représente un vivier de 250 emplois à trois kilomètres de la frontière. Les clients suisses trouveront rapide et agréable d'y aller consommer et s'amuser. Certains pourraient même avoir envie d'y travailler. Est-ce vraiment là une utopie?