Politiquement, Christoph Blocher a rappelé à ceux qui, comme le PDC, voulaient imprudemment exploiter l'affaire Achraf pourquoi il est un si habile stratège. En dévoilant posément et sans tarder sa version étayée des faits, en n'éludant (presque) aucune question, en défendant à la fois, en bon patron, ses services de renseignement et, en garant de la démocratie, une stricte application de l'Etat de droit, le chef du DFJP a assumé brillamment ses responsabilités ministérielles.

Voilà pour la forme. Sur le fond, on aimerait voir autant de clairvoyance. Car même si l'arrestation du terroriste présumé est un succès, il est trop facile de se défausser sur les Espagnols pour expliquer pourquoi cette heureuse issue aurait pu, avec un peu moins de chance, tourner au fiasco. En plus du satisfecit d'avoir pincé un dangereux individu, on aimerait voir poindre, dans l'administration policière, quelques interrogations. Par exemple sur les raisons qui ont poussé des agents espagnols pourtant traumatisés par l'échec du 11 mars à se méfier de leurs collègues suisses.

Sur le plan interne, au moins Christoph Blocher a-t-il reconnu certains archaïsmes de fonctionnement. C'est un bon début. La suite doit conduire à l'ancrage résolu de notre sécurité intérieure dans une coopération internationale contre le crime et le terrorisme. Un ancrage qui passe par Schengen. Le Conseil fédéral l'a compris. Tout le Conseil fédéral?