La démarche est inédite et porteuse de grands espoirs. Elle renouvelle la façon de faire la politique à Genève. Nul doute que cette expérience sera suivie avec attention dans les autres cantons, et même à Berne.

Ce que les deux jeunes présidents essaient de traduire en actes, c'est la volonté qu'ont exprimée les Genevois lors des élections de l'automne dernier et des votations qui avaient précédé. Les citoyens en ont assez des affrontements idéologiques et des rhétoriques exaltées de leurs élus, qui ne contribuent qu'à nourrir les blocages dont souffre le canton depuis trop longtemps.

Le radical Pierre Maudet et le Vert Antonio Hodgers se sentent investis d'une mission, qui se trouve à l'origine de leur réflexion. Leurs députés et ministres ont été élus par le peuple: il faut désormais mériter cette confiance en assumant leurs responsabilités électives.

Certains accuseront le radical et l'écologiste de se mettre en scène. Il faut pourtant du courage pour s'engager ainsi. Car, si dans quatre ans les promesses se révèlent vaines, la suite de leur carrière politique en souffrira.

L'enjeu est de taille. Les deux présidents veulent commencer par résoudre les problèmes concrets qu'endure la population du canton, mais aussi de France voisine. Au-delà de ce souci immédiat, il s'agit de relégitimer la politique à Genève.

En s'émancipant de leur alliance traditionnelle respective, radicaux et Verts créent une dynamique du centre. Autour de leur nouveau pôle, ils peuvent espérer agréger les élus d'autres partis séduits par leur discours de raison.

Cette recomposition politique pourrait offrir l'assise parlementaire dont le Conseil d'Etat aura besoin pour mettre en œuvre le programme de redressement qu'il s'est fixé.

Rien n'est encore joué. Mais désormais, Genève retrouve la capacité à se projeter dans l'avenir. C'est déjà beaucoup.