Le conseiller d'Etat Claude Lässer a une explication toute faite lorsqu'il s'agit de justifier la difficulté des entreprises non fribourgeoises à pénétrer un marché local public qui dépasse 200 millions de francs par an. «Cela démontre que nous avons, dans ce canton, des entreprises performantes.» Il évite ainsi de s'étendre sur les coups de pouce locaux cachés dans les appels d'offre. Fribourg n'est pas le seul canton qui biaise avec la loi sur l'ouverture des marchés publics afin de maintenir des emplois et des impôts sur son territoire. Car si l'Etat-entrepreneur réalise quelque bénéfice à court terme, l'Etat-fisc redoute la facture de l'ouverture à plus long terme. La fermeté des rappels à l'ordre du Tribunal administratif démontre cependant que les autorités dépassent les bornes et refusent de comprendre le message. En juin 1999 déjà, le gouvernement avait été reconnu coupable de manque de transparence dans l'attribution d'un marché public dans le secteur électrique. La multiplication des casquettes, pratique courante à Fribourg, ne facilite pas la transparence requise. Ainsi, Claude Lässer est «membre consulté» du conseil d'administration des EEF, société qui a dirigé une adjudication dans les mêmes tunnels autoroutiers qu'elle a partiellement équipés… pour le compte de l'Etat.