Mario Annoni est le «Welsch» du Conseil d'Etat bernois. D'abord brillant homme d'Etat, trait d'union entre une majorité alémanique bernoise qui l'avait adopté et «son» Jura bernois qu'il devait défendre. Puis, victime de son arrogance, il a vu sa popularité et son impact vaciller. Au point de devenir le poids mort de la majorité bourgeoise, symbolisant une minorité francophone snobée par les Alémaniques. En misant sur le dialogue interjurassien, Mario Annoni avait donné l'impression de s'extirper de la dualité paralysante opposant autonomistes et antiséparatistes. Mais le radical, profondément marqué par l'attentat perpétré contre sa maison à La Neuveville par le Bélier au début des années 1990, n'a pas osé s'affranchir de son pourvoyeur de suffrages, le mouvement de lutte antiséparatiste Force démocratique.

Trente ans après avoir choisi de rester dans le canton de Berne, le Jura bernois est à un tournant. Le choix du successeur de Mario Annoni au Conseil d'Etat traduira ses intentions: soit il élit un prétendant coulé dans le moule pro-bernois éculé et court au déclin déjà amorcé; soit il opte pour une personnalité capable de prendre de la hauteur et de profiler le Jura bernois, aujourd'hui considéré comme périphérique, minoritaire et pleurnichard, comme région sœur du canton du Jura, au centre des pôles bâlois, bernois et lémanique.