La volonté de discipliner le parlement est légitime, car l'expérience des années 80 a démontré que celui-ci était incapable de réfréner ses appétits financiers lorsque les caisses publiques sont pleines. Il est donc compréhensible que Kaspar Villiger cherche à lui imposer des cautèles. Ce fut d'abord la table ronde, puis l'objectif budgétaire 2001, deux projets qui ont fait leurs preuves.

Il en va malheureusement autrement du frein à l'endettement. Le but visé est louable, mais le mécanisme arithmétique proposé est trop théorique. Les doutes des sénateurs socialistes et de Dick Marty sont justifiés. L'instrument ne convainc pas. Sa faiblesse a été démontrée dès qu'on l'a confronté à une situation réelle, celle de l'excédent de recettes de 4,5 milliards engrangé en 2000. Le correctif apporté en catastrophe par le Conseil des Etats résout peut-être ce problème particulier, mais il déséquilibre l'ensemble du projet dans la mesure où, contrairement à l'objectif de départ, les déficits et les bénéfices ne sont pas soumis à un traitement symétrique.

Les chercheurs du KOF considèrent par ailleurs que cet instrument aurait eu des effets négatifs s'il avait été en vigueur au plus fort de la crise des années 90. Ils sont aussi d'avis que l'objectif de maîtrise des dépenses pourrait être perturbé par différents facteurs, par exemple une mauvaise évaluation des recettes, une surréaction de celles-ci aux fluctuations du PIB ou le niveau des taux d'intérêt. Par ailleurs, le régime de dérogations contenu dans ce projet menace d'en faire un gadget politique inopérant.