Retenons au crédit du Conseil fédéral, au moins, d'avoir reconnu que le statu quo était indéfendable et qu'une révision s'imposait. Mais quelle timidité! Le Conseil fédéral a singulièrement manqué d'audace. Il ne s'agissait que de répondre à une motion, et il ne lui aurait pas coûté énormément de déclarer que l'abrogation pure et simple de l'article 293 du Code pénal méritait d'être étudiée, tout au moins à titre d'option.

On rappellera que le gouvernement, dans les années 90, avait fermement défendu la suppression de cette disposition d'un autre âge. Et c'est le parlement, ému par la publication toute récente à l'époque du fameux rapport Jagmetti, qui avait finalement refusé la proposition du gouvernement. Pour quelles raisons ce qui lui paraissait opportun il y a une quinzaine d'années serait devenu imprudent aujourd'hui? Si ce sont les quelques fuites qui ont affecté la vie du gouvernement ces dernières années qui l'ont convaincu de tourner sa veste, le Conseil fédéral risque de devoir déchanter. Tout indique en effet que les positions adoptées par ses membres, sur le secret desquelles veille jalousement le gouvernement, ne jouiront pas devant les juges de Strasbourg, dans la plupart des cas, de la protection que ceux-ci ont finalement accordée, après bien des hésitations, au rapport du diplomate.