Le Jura est-il à la périphérie de la Suisse ou au milieu de ses pôles urbains? L'expédition Lausanne – Delémont est-elle plus longue que le trajet Delémont – Lausanne? Parce que les Suisses ont une perception erronée d'un canton qu'ils ne situent souvent pas très bien sur la carte, qu'ils croient enfoui sous les neiges la moitié de l'année ou dont ils ne savent rien d'autre que des clichés réducteurs, les autorités jurassiennes ont le devoir de rétablir des vérités. Et de bannir cette notion humiliante de région périphérique.

Reste qu'il ne suffit pas de «vendre» un Jura «si vaste, si proche». Encore faut-il donner un contenu cohérent à l'offensive de charme. Même s'il a fort opportunément éradiqué sa phobie des Suisses alémaniques, le Jura n'en a pas pour autant développé une culture touristique et d'accueil suffisante. Et le Jurassien a l'art de cultiver la contradiction. Il est à la fois rebelle et confédéral, ouvert et conservateur, accueillant et méfiant, il souhaite lutter contre son déclin mais rejette «Pays ouvert». Le jour où il tente de séduire la Suisse en offrant une réception aux cantons et au Conseil fédéral pour marquer ses 25 ans, les activistes du Bélier brûlent un drapeau suisse et brisent la tête de la Sentinelle des Rangiers, symbole des mobilisations.

On frise l'autogoal. L'offensive de charme est indispensable à l'extérieur; mais se faire violence à l'interne pour «entrer dans la modernité», comme le préconise Jean-François Roth, est un préalable incontournable.