La célébration du 1er Août au Grütli ne mérite pas la pitoyable querelle que se livrent le Conseil fédéral et les cantons de Suisse centrale. La pomme de discorde est financière: qui paiera la facture policière? On peut concevoir que les cantons rechignent à mettre au pot. Au fond, c'est le pouvoir central incarné par le président de la Confédération que vise, ce jour-là, en ce lieu symbolique, la désormais traditionnelle mobilisation de néo-nazis et d'extrémistes de gauche en mal de publicité. Mais que penser du refus du Conseil fédéral de se sentir concerné? On n'imagine pas une seconde que le président français Nicolas Sarkozy puisse ne pas parader le 14 juillet sur les Champs-Elysées parce que l'Etat français et la Ville de Paris ne se seraient pas mis d'accord sur la facture du service d'ordre.

A force de célébrer la rusticité de ses mœurs politiques, la Suisse a fini par s'aveugler. Nos élus baignent dans l'illusion d'un monde gentil et parfait. Personne ne semble souhaiter le déploiement de services d'ordre efficaces comme c'est partout ailleurs la règle. Alors on mégote sur la facture. L'indécision entretient l'idée que, dans un des dix pays les plus riches de la planète, des casseurs aux motifs nauséabonds pourraient empêcher la célébration de la Fête nationale. L'enjeu n'est pas une facture de deux millions de francs, mais la dignité de nos institutions et le respect absolu de l'état de droit et de la démocratie.