L'affaire s'annonce difficile pour Moritz Leuenberger, car la cote de popularité du doublement du Gothard est à la hausse et rien ne dit qu'un scrutin ne déboucherait pas sur un résultat favorable. S'il espère empêcher une telle issue, il devra faire preuve d'une grande habileté. Sur ce point, son contre-projet ne convainc pas. Il demeure flou, et il courra sans doute le risque d'un échec devant le peuple – si ce n'est, avant déjà, devant le parlement – s'il ne lui donne pas des contours plus précis. La déconvenue subie avec les taxes sur l'énergie est là pour livrer quelques enseignements sur les erreurs à ne pas commettre. La principale étant celle de la confusion.

Personne ne conteste la nécessité d'améliorer les voies de circulation aux abords des agglomérations. Mais il est risqué de proposer de tels investissements comme contre-projet à une initiative qui porte sur autre chose. Le lien entre le trafic urbain et les bouchons autoroutiers ne saute pas aux yeux, car, s'ils entrent dans la composition d'une même chaîne, ils en constituent néanmoins deux maillons différents. La voie s'annonce dès lors étroite pour Moritz Leuenberger. Il dispose toutefois d'une porte de sortie: l'argent. En proposant un scénario précis et ciblé pour l'affectation des 3,5 milliards qui sommeillent dans le fonds routier, il conserve un espoir de faire passer sa stratégie.