Plus personne ne conteste son rôle. Au point qu'elle en est presque tombée dans l'oubli. Depuis que les enjeux financiers liés au rôle de la Suisse durant la Deuxième Guerre mondiale ont été réglés en août dernier par l'accord global signé entre les grandes banques et les défenseurs des plaignants juifs (1,9 milliard de francs), la Commission Bergier travaille dans un quasi-anonymat plus propice à la recherche scientifique.

Ses neuf membres ont fait jeudi un point de presse à mi-parcours, après deux ans et demi d'enquête dans les archives. A ce stade, une trentaine de collaborateurs scientifiques travaillent sur 15 sujets d'études qui traitent tous des relations entre la Suisse et le IIIe Reich, que ce soit dans le domaine économique (entreprises, travail forcé), financier (banques, assurances), de l'art (recel d'œuvres) ou encore politique (réfugiés).

Le second rapport intermédiaire, portant sur l'attitude de la Suisse face aux réfugiés, est finalement attendu pour fin novembre, la traduction en quatre langues (allemand, français, italien, anglais) nécessitant beaucoup de temps, «surtout pour un sujet aussi sensible», précise un collaborateur. Egalement très attendu, le précédent rapport d'étape sur les

transactions d'or nazi «n'a pas suscité autant de débats que nous le pensions», a relevé le président de la Commission, l'historien Jean-François Bergier.

A ce jour, les chercheurs ont pris contact avec 120 entreprises et associations et 50 d'entre elles ont déjà fait l'objet d'une évaluation de leurs archives. La Commission souligne que plus personne ne fait obstacle à ses descentes dans les caves (y compris les entreprises d'armement), et que la collaboration se passe plus ou moins bien. Ces sources privées sont exclusivement ouvertes à la Commission, a encore rappelé son juriste, le Jurassien Joseph Voyame. Jean-François Bergier a expliqué que ses collaborateurs allaient utiliser au mieux ce privilège qui avait été accordé par le parlement en décembre 1996 dans le cadre d'un arrêté fédéral.

L'appel aux témoignages oraux n'a pas suscité un déferlement de témoignages: 360 personnes se sont annoncées et seul un quart des renseignements transmis avaient un intérêt pour la recherche. Le rapport final est toujours prévu pour la fin 2001, avec le même budget de 22 millions de francs. Sa rédaction débutera l'été prochain.