Après l'annonce programmée du démantèlement de la Task Force sur la Deuxième Guerre mondiale d'ici fin avril (Le Temps du 26 janvier), c'est le secrétaire général de la Commission Bergier, Linus von Castelmur, qui s'apprête à quitter ses fonctions dans les mois à venir. Le départ de cette figure marquante du débat historique renforce l'idée, s'il en était encore besoin, que la Suisse tourne la page de la crise proprement dite des fonds en déshérence.

Linus von Castelmur a confirmé, hier, une information de la Neue Zürcher Zeitung annonçant son départ prochain. Celui qui a été la voix et le gardien attentif du temple de la Commission indépendante d'experts depuis janvier 1997, devrait toutefois rester à son poste jusqu'à la publication du rapport intermédiaire sur les réfugiés, prévue pour l'automne prochain. Ce rapport est le dernier exercice du genre susceptible de provoquer une polémique sur le rôle de la Suisse avant le texte final dont la rédaction est toujours fixée pour l'an 2001.

Après un bref passage dans la Task Force, Linus von Castelmur a rejoint les rangs de la commission d'historiens du fait de sa connaissance du dossier. Ce dernier a en effet rédigé une thèse de doctorat sur les relations financières entre la Suisse et les Alliés entre 1942 et 1952, comprenant une analyse des Accords de Washington de 1946, un traité dont le sénateur américain Alfonse D'Amato – le pourfendeur des banques suisses – avait demandé la renégociation.

Le secrétaire général s'était engagé pour une durée de deux ans et avait fait part, dès l'été dernier, aux membres de la commission d'experts de son intention de regagner les rangs du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) en 1999. Entré dans la diplomatie en 1990, Linus von Castelmur veut reprendre ses fonctions après «deux ans de congé» afin de poursuivre sa carrière à l'étranger.

Le diplomate nie tout désaccord avec le professeur Jean-François Bergier ou avec d'autres membres de la commission pouvant être à l'origine de son départ: «Il n'y a aucune rogne, je ne claque pas la porte.» Il ne cherche toutefois pas à cacher qu'il y a eu, durant ces deux années, quelques tensions et de nombreux écueils à surmonter. Malgré sa position qui pouvait paraître ambiguë en temps que membre issu de l'administration fédérale, Linus von Castelmur a toujours défendu farouchement l'indépendance de sa commission face aux fortes pressions politiques. Le nom de son successeur n'est pas encore connu. F. K.