Pascal Broulis a eu beau se battre, il a perdu. La Commission des finances du Grand Conseil (Cofin) lui a infligé un désaveu jeudi soir lors du débat sur le budget 2003. Elle a voté une réduction linéaire de 1% sur le gros de la masse budgétaire, dans tous les départements. Objectif: réduire de 38 millions le déficit programmé. A la suite de divers amendements «techniques» – notamment pour tenir compte d'une inflation qui n'est plus de 1% mais de 1,2% –, ce déficit a passé de 152 à 160 millions de francs.

Déposé par l'UDC Jean-Pierre Grin, l'amendement a été soutenu par tous les élus du centre droit, à l'exception du radical Raymond Guyaz, hostile par principe aux coupes linéaires. En l'absence du socialiste Jean-Jacques Schilt, le vote a donné un 7 contre 7. Dans un tel cas, c'est la voix du président, en l'occurrence le radical Armand Rod, qui compte double.

Les subventions d'assurance maladie, les amortissements et les autres dépenses liées échappent à la décision de la Cofin. En revanche, la coupe devrait s'appliquer sur deux tiers du budget, notamment le poste des salaires. Une diminution de 1% équivaut à une économie de 25 millions. Elle limiterait la création de nouveaux postes et peut-être la capacité du gouvernement de respecter ses engagements envers le personnel. «Il nous semble que le gouvernement conserve une marge de manœuvre suffisante, il sera bien inspiré de venir avec des propositions satisfaisantes», souligne Armand Rod.

La décision de la Cofin suscite des protestations à gauche. Premier à répandre la nouvelle, le popiste Josef Zisyadis souligne que le gouvernement est censuré par sa propre majorité: «Cet amendement traduit l'impuissance d'une droite exigeant des économies sur le service public mais incapable de les trouver.» La socialiste Michèle Gay Vallotton dénonce: «La droite fait la leçon avec incohérence. Elle accepte l'indexation complète des salaires, ainsi qu'un effort de 10 millions pour le parapublic, et ses commissaires ne font aucune proposition lors de l'examen des départements. Puis, elle vient avec cet amendement y a qu'à.» Le syndicat SUD réagit en proférant des menaces de lutte si l'indexation – voire l'entrée en vigueur de la nouvelle loi sur le personnel – devaient être remises en question.

Tout en faisant valoir que le retrait du budget 2003 était un scénario possible, le patron des Finances, Pascal Broulis, affichait vendredi le plus grand calme. Il défendra ligne par ligne un budget porté par un gouvernement unanime. Il compte bien sur le plénum du Grand Conseil pour retrouver une majorité. La Cofin est apparue depuis le début de la nouvelle législature comme le lieu de l'orthodoxie financière et de la méfiance de la droite face à un gouvernement perçu comme dangereusement centriste et enclin à dépenser. «Mais il ne suffit pas de défendre une autre ligne, il faut que celle-ci tienne le coup», relève Pascal Broulis, en rappelant une précédente confrontation. L'été dernier, la Cofin s'était opposée à la création d'une trentaine de nouveaux postes, avant de devoir battre en retraite devant les difficultés entraînées par son choix.