Frontières

La commune argovienne qui voulait changer de canton

Seule commune parmi neuf à avoir refusé un projet de fusion en Argovie, Fisibach réclame d’être rattachée au canton voisin de Zurich. Mais il n’y aura pas de «Moutier argovien» pour le moment: le gouvernement argovien refuse d’entrer en matière

Il n’y a pas qu’à Moutier que l’on songe à changer de canton. En Argovie, un scrutin similaire, réclamé par une commune souhaitant rejoindre le canton voisin de Zurich, a été refusé aux 458 habitants du petit village de Fisibach. L’exécutif cantonal ne souhaite pas étudier la question d’un éventuel changement de canton de sa commune frondeuse.

Une requête «un peu spontanée» pour rester indépendant

Contrairement au cas de Moutier, la problématique argovienne est récente et n’est pas comparable avec le contexte historique très sensible du Jura. Début avril, les citoyens du village situé au nord-est de l’Argovie ont refusé de participer à un processus de fusion avec neuf autres communes du district argovien de Zurzach. Fisibach est la seule à avoir rejeté ce projet. En réaction, l’assemblée communale a, dans la foulée, chargé l’exécutif d’examiner la possibilité de rejoindre le canton de Zurich.

Mais le Conseil d’Etat argovien ne voit pas de raison d’étudier la question: «La situation politique et historique de la commune ne justifie pas un changement de canton», écrit-il dans un communiqué publié vendredi dernier. Il se dit toutefois prêt à continuer de respecter les accords en matière de coopération intercantonale. Les enfants de Fisibach peuvent déjà suivre des cours au-delà de la frontière cantonale dans les écoles zurichoises avoisinantes. La commune argovienne est très orientée vers le canton de Zurich. La plupart de ses nouveaux habitants sont Zurichois. La cause de cet attrait n’est pas une fiscalité avantageuse mais s’explique plutôt par des prix du terrain et des loyers plus bas qu’à Zurich.

A la suite du refus du gouvernement cantonal, Marcel Baldinger, syndic indépendant du village, se montre un peu perplexe: «Je ne sais pas encore où tout cela nous mènera. Il faut d’abord qu’on en discute avec mes collègues au Conseil communal.» Il se dit content que l’exécutif cantonal garantisse à son village une certaine marge de manœuvre en matière de coopération intercantonale. Par contre, l’agriculteur s’interroge sur la suite à donner à la requête «un peu spontanée» des habitants de Fisibach: «Il faut se demander ce qu’un changement de canton nous apporte effectivement, hormis le fait de rouler avec des plaques zurichoises. La question d'une fusion avec d’autres communes reviendra tôt ou tard sur la table», explique-t-il au Temps.

Clavaleyres bientôt fribourgeoise?

Fisibach n’est pas la seule commune à rêver d’un changement de canton. L’enclave bernoise de Clavaleyres veut devenir fribourgeoise, en fusionnant avec Morat. Contrairement au cas argovien, ce village germanophone de 49 habitants a déjà surmonté les premiers obstacles. En automne 2016, Berne a donné son accord à une base légale, posant le cadre pour le changement de canton. Le Grand Conseil fribourgeois a également approuvé un projet. Mais, jusqu’à une fusion effective, le chemin sera encore long. Prochaine étape: les votations en 2018 au sein des deux communes. Ensuite, ça sera au peuple bernois de donner son accord et finalement, l’Assemblée fédérale devra trancher. On estime qu’en 2021 au plus tôt, Clavaleyres pourra finalement changer de canton et fusionner avec Morat.

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