«J'en ai marre de ces gens qui dès qu'ils voient quelqu'un en uniforme le traitent de Rambo. La société existe à travers ses différentes couches sociales: on a autant besoin de ramasseurs de poubelles que d'agents de sécurité.» Lorrain d'origine, installé en Valais depuis vingt-cinq ans et marié à la secrétaire cantonale du PDC, Patrick Discours avoue vénérer le métier, fort décrié, qu'il exerce: il est le patron d'une agence de surveillance sierroise fondée il y a cinq ans, ASP, et qui se retrouve brusquement sous les feux de l'actualité.

Mardi le Journal de Sierre annonçait que la commune anniviarde d'Ayer, qui englobe, entre autres, le village de Mission et la station de Zinal, allait avoir recours, dès le mois d'août et à titre d'essai, aux services d'ASP pour exercer tout simplement le rôle de police municipale.

Ayer, comme d'autres communes du district, ne possède aucun agent municipal. C'est la police cantonale qui jusqu'ici était censée pallier ce manque: «Depuis deux ou trois ans on ne les voit pratiquement plus, explique le président de la commune, l'avocat Luc Epiney. L'assemblée primaire nous avait demandé de mettre un peu d'ordre. Le Conseil municipal a opté pour cette solution. On a choisi ASP parce que c'est une entreprise de l'endroit, que nous connaissons bien.» Il faut dire aussi que les tarifs (confidentiels) d'ASP se situent largement au-dessous de ceux pratiqués par les pandores cantonaux: cent francs de l'heure par agent, plus les déplacements.

Le commandant de la police cantonale, Bernard Geiger, en vacances depuis, reconnaissait que ses services avaient dû intégrer «les principes de la nouvelle gestion publique». A savoir le sens des économies mais aussi celui de l'efficacité, avec «des missions plus précises, comme la lutte contre la criminalité». «Nous profitons de la conjoncture, se réjouit de son côté Patrick Discours. Envoyer un policier au fin fond de la commune pour ce qui se révèle souvent une fausse alerte n'avait sans doute plus beaucoup de sens.»

Pour l'instant l'affaire ne paraît pas avoir provoqué de remous dans la commune, selon son président: «Les gens sont informés depuis quelque temps déjà. Et puis le cahier des charges d'ASP s'oriente plutôt vers la prévention et l'information. Il est clair que le jour où ils devront verbaliser et sévir, il faudra s'attendre à des réactions.» Les tâches auxquelles les agents d'ASP seront affectés concernent par exemple le contrôle des heures de fermeture des établissements publics, la chasse aux campeurs sauvages, la lutte contre le vandalisme, le tapage nocturne, le parcage illicite.

Un pouvoir assez flou

Les Anniviards se montreront-ils aussi respectueux envers des agents privés que face à l'autorité du flic traditionnel? «C'est là tout le challenge, soupire Patrick Discours. Je suis pourtant persuadé que les gens d'Ayer comprendront très vite qu'ils ont tout à gagner, d'un point de vue touristique, à ce que la commune jouisse d'une réputation de sûreté et de tranquillité.» Le problème du pouvoir légal de cette police privée reste pourtant assez flou. Du côté de la police cantonale, on se retranche derrière les propos du chef: «Ces entreprises ne peuvent pas intervenir sur la voie publique, elles n'ont aucun moyen de contrainte sous peine de risques d'abus d'autorité.» Patrick Discours réplique que ses agents «seront assermentés par le préfet du district» et que «souvent les polices municipales, en cas d'intervention délicate, préfèrent appeler la police cantonale. Nous ferons pareil.»

Le patron d'ASP reconnaît pourtant que l'image de la profession est plutôt désastreuse: «N'importe qui s'achetant un uniforme peut se déclarer agent de sécurité. Je suis favorable au concordat que préparent actuellement les cantons et qui devrait réglementer sévèrement la profession. Des risques de bavure il y en a dans toute activité humaine. Nous avons une assurance en responsabilité civile de cinq millions par cas, alors que le futur concordat n'exigera que trois millions.» Du côté d'Ayer, le président veut faire comprendre qu'il n'a pas vraiment eu le choix: «L'autre solution serait d'engager un policier municipal à temps partiel. Mais il faudrait d'abord le former et cela nous coûterait trop cher.»