Le Temps: Pour vous, les fusions sont la conséquence du déficit démocratique lié aux associations de communes. Sont-elles la seule solution?

Bernard Dafflon: En Suisse, il y a eu deux courants théoriques. Le premier, plutôt développé en Suisse alémanique, imagine des sortes de syndicats communaux, avec des compétences dans un domaine particulier, et qui auraient un gouvernement élu et une compétence fiscale propre. Et vous auriez pour ainsi dire une commune scolaire, une commune pour l'eau potable, etc. C'est ce qu'on appelle les FOCJ pour «Functional, Overlapping, Competing Jurisdictions» . Mais l'idée est restée purement théorique: dans le canton de Fribourg, où les communes ont une soixantaine de tâches, chaque habitant aurait appartenu à une soixantaine de juridictions, avec une soixantaine de systèmes électoraux.

--Ce n'est pas la voie qu'a choisie le canton de Fribourg...

-Effectivement. L'autre théorie, que nous avons développée à Fribourg, mais qui n'a pas une vocation strictement cantonale, repose sur le concept de «noyaux forts». Elle consiste à dire que la commune n'est pas simplement un supermarché qui délivre des prestations, mais qu'elle a aussi un objectif de société. Donc on va essayer de regrouper dans une commune élargie un maximum de ces activités intercommunales. Partant de la liste des collaborations intercommunales, on construit les périmètres de référence pour chaque tâche. Lorsque deux ou trois communes, voire plus, collaborent exactement pour les mêmes sept ou huit services, on a un «noyau fort». Pour que ce noyau fort ait une connotation sociétale, nous n'avons considéré que les tâches avec un fort facteur humain, en éliminant toutes celles qui relèvent des domaines techniques. Avec la distribution d'eau potable, l'épuration des eaux ou l'enlèvement des déchets, il n'y a pas d'enjeu sociétal local. Ce qui est le cas avec l'école, les centres sportifs ou culturels: leur fréquentation rapproche les gens. Ainsi, nous nous sommes basés sur des fonctions «à contacts humains» qui rendaient beaucoup plus facile la reconstitution d'une microsociété dans l'espace un peu plus grand de la nouvelle commune. Pour le canton de Fribourg, qui a servi de laboratoire pour un premier test de cette nouvelle approche, nous avons sélectionné sept domaines, allant des cercles scolaires aux paroisses en passant par les salles de sport.

Cette approche et les résultats pratiques pour le canton de Fribourg sont accessibles sur le site: http://www. unifr.ch/finpub. Rubrique «publications».