Qui remplacera Jean Studer au Conseil d’Etat? La question agite le landerneau politique neuchâtelois depuis mi-avril et la nomination du ministre socialiste à la présidence du Conseil de banque de la BNS. Deux noms reviennent avec insistance au sein du PS en vue de l’élection partielle qui s’annonce: Jean-Nat Karakash et Laurent Kurth, respectivement membres des exécutifs de Val-de-Travers et de La Chaux-de-Fonds. Tous deux évitent de s’avancer sur la question et pour cause: ils sont candidats à un nouveau mandat lors des élections communales du 13 mai.

Le plébiscite des deux «K» illustre l’importance d’exercer un mandat politique professionnel ou semi-professionnel pour être considéré comme un papable naturel pour le Conseil d’Etat. Ces trente dernières années, une forte majorité des ministres élus se sont fait les dents – et une notoriété – dans les exécutifs des trois villes ou au parlement fédéral. Une expérience très utile soulignée par le bilan extrêmement mitigé de l’actuelle majorité gouvernementale: les ministres PLR Claude Nicati, Philippe Gnaegi et Frédéric Hainard – remplacé en cours de route par Thierry Grosjean – cumulent en tout et pour tout six ans de Grand Conseil. Un peu juste pour diriger un navire étatique soumis à d’importants vents contraires.

Les fusions de communes au Val-de-Travers et au Val-de-Ruz et la création d’exécutifs professionnels donnent de nouvelles perspectives aux partis. Ainsi, même s’il était déjà une personnalité reconnue pour avoir présidé le PS cantonal, Jean-Nat Karakash a pris une dimension nouvelle depuis son élection à la tête du dicastère des Finances de Val-de-Travers, en janvier 2009. Autre argument en sa faveur: il est issu d’une région qui n’est plus représentée au Château depuis 1969 et le départ à la retraite de Jean-Louis Barrelet au terme de son septième mandat.

Le président du PS neuchâtelois, Baptiste Hurni, souligne «la grande chance» offerte par la professionnalisation des exécutifs des vallées – élus, à la différence des villes, par le parlement communal. «Cela permet aux candidats élus de se faire connaître, de gagner en envergure et en expérience. Mais cela ne doit en aucun cas être une condition pour accéder au Conseil d’Etat. Jean-Nat Karakash et Laurent Kurth seraient d’excellents candidats, mais il n’y a pas qu’eux. Nous prendrons une décision quand les intentions de Jean Studer seront connues.»

Le PLR espère lui aussi tirer parti de la nouvelle donne. Mal représenté dans les exécutifs des villes (un élu à La Chaux-de-Fonds et au Locle, deux à Neuchâtel), le parti dispose de la majorité à Val-de-Travers avec 3 sièges sur 5. Il devrait la conserver le 13 mai et s’imposer dans les mêmes proportions dans la nouvelle commune de Val-de-Ruz. «Nos chances sont meilleures dans les campagnes, reconnaît le président du parti cantonal, Damien Humbert-Droz. Cela permet à nos élus d’acquérir de l’expérience pour occuper, peut-être, d’autres fonctions ensuite. Mais on ne fait pas de fixation là-dessus. La première qualité d’un homme politique, c’est d’être élu. On peut y arriver sans siéger dans un exécutif.»

Le processus de professionnalisation des Conseils communaux ne devrait pas se poursuivre. Les fusions en préparation sont de taille trop limitée, ou elles concernent des communes qui connaissent déjà ce régime, comme le chef-lieu avec son projet de «Grand Neuchâtel». Le nombre d’exécutifs professionnels pourrait au contraire se réduire. Il faudrait pour cela que le projet de mariage entre La Chaux-de-Fonds et Le Locle soit relancé après les communales, hypothèse qui semble toutefois hautement improbable.

«Cela permetaux candidats élusde se faire connaître»