Genève

Ces communes qui ne veulent pas de migrants

Face à un probable afflux de requérants d’asile, le Conseil d’Etat a adopté un règlement pour réquisitionner les abris PC. Des communes s'insurgent

«Cologny a dit d’accord.» A quoi? A mettre à disposition son abri de protection civile pour héberger des requérants d’asile. Ce sont les propos qu’a tenus publiquement le ministre de tutelle de l’Hospice général, le conseiller d’Etat Mauro Poggia. Seule anicroche, il faut généralement être deux pour signer un accord et la commune de Cologny n’a jamais donné son aval à une telle démarche.

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«Nous n’avons pas accepté d’accueillir des migrants. Et pour cause, il serait difficile d’accepter une offre que nous n’avons jamais reçue», fulmine sa maire Catherine Pahnke qui a pris la plume pour enjoindre le magistrat MCG à cesser d’utiliser le nom de Cologny pour «vendre son concept d’hébergement des migrants auprès des autres communes».

Pourtant, même sans accord, ces dernières n’auront plus leur mot à dire dans la gestion de l’accueil des migrants. Mercredi, le canton a annoncé l’adoption d’un règlement lui permettant de réquisitionner les ouvrages de protection civile et les terrains publics, avant que la loi ad hoc ne soit validée par le Grand Conseil.

Cette querelle illustre le climat qui prévaut dans le canton après la décision du gouvernement de réquisitionner de nouveaux abris PC dans neuf communes. Selon Mauro Poggia, les trois abris les plus rapidement exploitables sont situés à Onex, Meyrin et Chêne-Bougeries. Ceux qui pourraient voir prochainement un avis de réquisition sont Corsier, Cologny et Versoix. Puis, en cas de nécessité, viendraient Thônex, Pregny-Chambésy et en toute dernière alternative, Grand-Saconnex, sachant que cette commune hébergera déjà un centre de renvoi.

«Accueillir, c’est bien. Intégrer, c’est mieux»

La méthode forte du ministre des affaires sociales suscite une levée de boucliers parmi plusieurs communes désignées comme susceptibles d’héberger de nouveaux arrivants. Président de l’Association des communes genevoises, Thierry Apothéloz déplore l’absence de concertation dans un dossier qui nécessite un engagement à tous les échelons.

«Il n’est jamais agréable de faire imposer une décision par le Conseil d’Etat, concède le socialiste tout en rappelant qu’il faut savoir dépasser l’égoïsme. Mais si les communes sont réticentes à héberger des requérants, c’est parce qu’elles souhaiteraient que cet accueil soit accompagné de mesures d’intégration. Or, si les communes et ses habitants ne sont pas impliqués, cette intégration peut échouer.»

Catherine Pahnke, elle, déplore l’absence de discussions autour du nombre de requérants que l’abri de Cologny, situé au coeur du village, pourrait assumer. «Je ne peux pas accepter que notre commune accueille 100 migrants à côté de 100 élèves et de 100 habitants. Nous aurions pu négocier ce ratio. Cela n’a pas été le cas, je le déplore.» Pregny-Chambésy fait valoir peu ou prou le même argumentaire, l’abri étant situé entre deux écoles.

A Versoix, on estime que l’ouverture d’un nouvel abri nécessiterait de débloquer des fonds supplémentaires que la commune n’a pas. «Nous manquons de ressources pour offrir un accueil digne de ce nom aux migrants», avance sa maire Ornella Enhas, regrettant également que la discussion d’une «juste répartition» des lieux d’accueil entre communes n’ait toujours pas eu lieu.

1700 migrants attendus dans le canton

Pourquoi cet empressement? Le Secrétariat d’Etat aux migrations table sur un nombre d’arrivées identique au niveau fédéral à celui de 2015, soit 40 000 pour cette année. Si ce pronostic s’avère correct, Genève devra en accueillir 1700, conformément à la clé de répartition entre cantons. Un chiffre net, une fois soustraits les départs. N’en déplaise aux communes, Genève devra trouver des solutions.

A fin mai, il ne restait que quelque 300 places disponibles, dont la moitié dans des abris PC déjà ouverts. D’où la nécessité, pour le canton, de s’assurer de nouveaux lieux qui offriraient encore 500 places supplémentaires.


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