Le diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg est en plein désarroi après le suicide de l’ancien curé de Carouge soupçonné d’avoir commis des abus sexuels sur un ou des mineur(s). Alors qu’il a opté pour une politique de communication transparente sur le thème des abus et de la pédophilie, le voilà confronté pour la première fois au cas d’un prêtre qui s’est ôté la vie après la publication d’un communiqué officiel.

Ce document, transmis mercredi passé aux médias par l’Evêché, faisait état de nouveaux cas d’abus sexuels commis par deux prêtres, un Genevois et un Vaudois. Les faits concernant le dossier genevois n’étant pas prescrits, celui-ci avait été transmis à la justice pénale, annonçait le communiqué. Or, selon nos informations, le curé genevois s’est vraisemblablement donné la mort vendredi. Ce soir-là, le TJ de 19h30 révélait que le prêtre genevois à la retraite, dont le nom n’a pas été divulgué, avait exercé son ministère à l’église Sainte-Croix de Carouge. Son corps a été découvert à son domicile samedi matin par deux de ses amis. Selon la Tribune de Genève, il aurait laissé une lettre à l’attention de la police. Lundi, celle-ci ne souhaitait pas communiquer à ce sujet.

Une procédure pénale a été ouverte contre l’ancien curé en novembre 2010. Il a été entendu par la police, de même que la victime. Tous deux devaient être convoqués à nouveau par le procureur Michel Graber. Le curé n’avait donc pas été inculpé avant sa mort. L’enquête s’est éteinte avec son décès.

Visiblement sous le choc, Mgr Pierre Farine, administrateur diocésain, n’a pas souhaité s’exprimer dans les médias lundi. L’Evêché a cependant transmis un communiqué faisant part de la tristesse des autorités diocésaines. Conformément aux dispositions testamentaires du défunt, il n’y aura pas de funérailles publiques. Dans son communiqué, l’Evêché rappelle que sa politique de transparence concernant la communication sur les abus sexuels obéit à une réglementation adoptée en 2008 par le diocèse. «La procédure diocésaine prévoit qu’avant la diffusion d’un communiqué, les victimes et les prêtes dénoncés soient informés de la démarche médiatique», précise le document.

Le suicide de l’ancien curé de Carouge ne devrait pas changer la politique de l’Evêché, affirme Guylaine Antille, porte-parole du vicariat épiscopal de Genève. «La situation est problématique, dit l’abbé André Kolly, un des curés de l’Unité pastorale Carouge-Acacias. Mais on ne peut pas reprocher sa communication à l’Evêché. L’Eglise s’est engagée à être transparente sur les abus. Cela comporte des risques. Quelle que soit la position adoptée, elle a des conséquences.»

La procédure diocésaine prévoit également la mise à disposition d’un soutien psychologique pour les prêtres soupçonnés. Or l’Evêché ne savait pas si le curé genevois bénéficiait d’un tel soutien, selon Guylaine Antille.

Le curé était très populaire à Carouge. Il vivait seul dans un petit appartement. A la retraite depuis 2009, il n’était plus le même homme depuis quelques mois, selon le bijoutier Gilbert Albert, qui le voyait environ deux fois par mois. «Il n’avait plus envie de fréquenter les restaurants et les cafés de Carouge. Il ne chantait plus comme avant. Ma femme l’a eu au téléphone pour la dernière fois jeudi soir. Il n’avait pas l’air angoissé. Il voulait savoir si nous allions nous voir dimanche. Mais ma femme et moi avions une fête de famille ce jour-là.»

Jean-François Duchosal, l’ancien commandant des forces de sécurité de l’aéroport de Genève, était aussi l’un des amis du prêtre. «Je l’ai vu pour la dernière fois en décembre de l’année passée, dans un restaurant. Je venais de terminer un pèlerinage entre Compostelle et Cordoue. Mais je le sentais absent de la conversation.»

En 2008, un prêtre résidant dans le canton de Neuchâtel s’était suicidé après des révélations médiatiques concernant des abus présumés et prescrits sur un jeune garçon..

«L’Eglise s’est engagée à être transparente sur les abus.

Cela comportedes risques»