Le gouvernement est longtemps resté terré dans son mutisme sur l'affaire de la CIA. Et si les départements de Micheline Calmy-Rey et de Moritz Leuenberger ont timidement rompu le silence mercredi en publiant un communiqué commun sur la prolongation de l'autorisation de survol d'appareils américains, c'est lié à un cafouillage. L'auraient-ils fait si la Délégation des commissions de gestion n'avait pas glissé en toute innocence une information clé dans le rapport qu'elle a présenté mardi au terme de son enquête sur les vols suspects qui ont passé par la Suisse? Sans doute pas dans l'immédiat.

La délégation les y a contraints: «La Suisse attend toujours des explications précises des Etats-Unis. Pour cette raison, l'autorisation annuelle délivrée par la Suisse aux aéronefs d'Etat des Etats-Unis n'a pas été renouvelée (fin 2005, ndlr) mais prolongée jusqu'à fin janvier 2006», a-t-elle écrit dans son rapport.

Un document publié mardi, le jour même où l'autorisation arrivait à échéance. Et si les organes compétents avaient finalement pris, mardi, leur décision de prolonger l'autorisation de survol, après avoir reçu les informations requises de Washington, elles n'étaient pas préparées à rendre cette décision publique. Du moins pas aussi rapidement. Les Départements concernés par l'affaire de la CIA (ceux de Micheline Calmy-Rey, de Christoph Blocher et de Samuel Schmid) avaient certes reçu voilà quelques jours le rapport de l'organe de surveillance parlementaire. Mais ils n'ont manifestement pas prêté attention au point 10, qui contient les informations sur l'échéance de l'autorisation. Et ont donc été pris de court.

«Ce n'est que justice», ironise un parlementaire qui suit le dossier de près. A ses yeux, il est «proprement scandaleux» que la Délégation des commissions de gestion ait été seule à communiquer sur l'affaire de la CIA. «Le Conseil fédéral aurait pu sortir du bois bien avant.» C'est «comme si l'organe de révision des comptes d'une entreprise était chargé de présenter le rapport d'activités par la direction de cette société. Une fois encore, le gouvernement a failli à ses responsabilités!»