Neuchâtel

La communication sanitaire positive de Laurent Kurth

Le ministre socialiste neuchâtelois développe une vision de la santé en réseau pour son canton, qui dépasse largement l'hospitalo-centrisme des débats politiques

Ministre des mauvaises nouvelles hospitalières en 2015, suscitant l'émoi et la controverse, Laurent Kurth veut renverser la vapeur en 2016. Et promouvoir une image positive de la vision cantonale neuchâteloise de la santé. 

Le socialiste entend marquer les esprits. Il a envoyé l'invitation à sa présentation le premier de l'an! Pour le jour de l'Epiphanie, «afin d'amener de la lumière, après la sombre période de 2015». En une heure, entouré de sa garde rapprochée, Laurent Kurth a dit le système de santé qu'il préconise pour son canton, au 21e siècle.

Avec, d'emblée, un appel pressant à prendre de la hauteur et, surtout, à s'extirper de l'affrontement «hospitalo-centré» qui a cours dans son canton. Laurent Kurth a justifié les annonces de fermeture de services hospitaliers à La Chaux-de-Fonds et la nécessité d'imaginer une autre organisation, «qui tienne compte de l'environnement du 21e siècle, des décisions politiques nationales, des évolutions démographique, épidémiologique, médico-technique et financière. Il n'aurait pas été honnête de ne pas dire cette vérité à la population.»

C'est à peu près tout ce qu'il a dit des hôpitaux. Rappelant que huit groupes de travail réfléchissent à leur réorganisation. Le projet gouvernemental sera dévoilé au printemps. Il sera soumis au Grand Conseil en automne, puis au peuple en novembre ou en février 2017.

C'est dans cette perspective que Laurent Kurth s'emploie désormais «à instruire au mieux la population», pour qu'elle ait une approche élargie de l'organisation de la santé, qu'elle «dépasse les logiques du siècle passé et opère une prise de conscience du contexte et des enjeux».

Schémas et tableaux statistiques à l'appui, le ministre neuchâtelois a d'abord défini la vision gouvernementale de la santé, une tâche prioritaire de l'Etat. Il entend agir en chef d'orchestre pour mettre les acteurs, privés et publics, en réseau, afin de couvrir l'entier du territoirel et «produire plus de bien-être physique, psychique et social pour la population au 21e siècle».

Le message est ainsi résolument positif. Accusé de tenir à l'écart les hôpitaux privés, Laurent Kurth intègre les 8000 acteurs de la santé de son canton, dont une majorité de privés, dans un «système de soins» où le patient «est l'acteur principal, bien avant les considérations politiques, économiques et des soignants». 

Le réseau unifié de santé neuchâtelois s'appuie sur six piliers qui sont autant de domaines de la santé : la prévention, les hôpitaux, les urgences ambulancières, les médecins de famille, les soins aux aînés et la cybersanté. Le concept est présenté avec six pictogrammes alignés sur une carte du canton, afin de faire comprendre que chaque Neuchâtelois, quel que soit son lieu de résidence, a droit à toutes les prestations.

Pédagogue, vulgarisateur tout en insistant sur le fait que la santé est un domaine vaste et complexe, dépositaire d'une vision étatiste assumée, Laurent Kurth, serein et souriant - il avait paru épuisé et marqué par les attaques incessantes en décembre 2015 - a plutôt convaincu. Même si le concept reste technocratique et théorique. 

Le ministre réussira-t-il à convaincre qu'une politique de santé ne se limite pas à l'organisation spatiale de l'hôpital ? En exprimant son intention d'intégrer dans un réseau de soins tous les acteurs, considérés comme indispensables, il se fait de précieux alliés, sur lesquels il espère compter lorsqu'il devra défendre ce qui reste le noeud gordien du système, l'organisation hospitalière.

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