Le Temps: Quel est l'enjeu, selon vous, de cette votation?

Ivan Slatkine: Il s'agit de moderniser la gouvernance des établissements publics autonomes. Réduire la taille des conseils d'administration et les dépolitiser constitue une étape nécessaire pour améliorer la gouvernance des entreprises publiques. Ce processus a déjà été initié par le Conseil d'Etat avec l'Hospice général, dont la loi a été modifiée en 2006. Personne n'avait alors crié au scandale. Nous avons été surpris que des référendums viennent contrer les lois proposées par le Parti libéral et votées par le Grand Conseil. Si le peuple les accepte, cela donnera un signal positif au gouvernement.

- Au niveau de leurs résultats, les régies publiques se portent bien. Elles remplissent aussi les objectifs fixés par l'Etat. Pourquoi vouloir changer ce qui fonctionne?

- Et pourquoi attendre une crise pour changer? Je tiens à rappeler que l'Hospice général a affiché des déficits records en 2003 et 2004. Aujourd'hui, avec le recul, on voit bien que le conseil d'administration ne fonctionnait pas bien, notamment parce qu'il était pléthorique. La double casquette de député administrateur pose un autre problème: quand on se retrouve en commission parlementaire des transports avec sept députés sur quinze qui sont membres du conseil d'administration des TPG, comme ce fut le cas lors de la précédente législature, il est difficile de faire un travail de contrôle critique. Or, aujourd'hui, cette situation perdure pour certains élus.

- En dépolitisant les conseils d'administration, ne risque-t-on pas de réduire le contrôle démocratique exercé sur les entités publiques?

- Le contrôle se fait actuellement à travers le vote du budget, des comptes et des contrats de prestations des entreprises publiques. Cela ne va pas changer. La politique doit se faire au Grand Conseil. Dans les conseils d'administration, l'essentiel est d'avoir des administrateurs compétents, ce qui dépasse les clivages politiques. Le problème, c'est que certains partis s'accrochent aux conseils d'administration parce que les jetons de présence touchés par les élus qui y siègent représentent une importante source de revenus. Mais il ne faut pas tout mélanger, car c'est la porte ouverte à certaines dérives. Je me souviens par exemple d'un administrateur et ex-député socialiste qui refusait de voter les comptes et budgets de l'Hospice général sous prétexte qu'il désapprouvait la politique sociale du Conseil d'Etat...

- Il aura tout de même fallu qu'un député membre du conseil d'administration des SIG, le MCG Eric Stauffer, dénonce l'affaire des bonus princiers pour que le Conseil d'Etat se réveille, et que la Cour des comptes enquête sur les rémunérations. Cela ne prouve-t-il pas que la présence des élus dans les CA est précieuse?

- Ce cas constitue l'exception qui confirme la règle. Car les autres élus administrateurs n'ont jamais rien dénoncé. Ainsi, le Parti socialiste n'a pas réagi au fait que Daniel Mouchet, président des SIG et membre du PS, gagnait près de 400000 francs par année. Par ailleurs, un administrateur n'appartenant à aucun parti politique aurait tout aussi bien pu dénoncer la situation. Les libéraux n'ont pas attendu le scandale des rémunérations pour se préoccuper de la gouvernance des entités publiques: nos projets de loi ont été déposés en 2005. L'affaire dénoncée par Eric Stauffer a peut-être contribué à accélérer le processus, mais il aurait été plus sain de dénoncer la situation à l'interne: on aurait évité de déstabiliser les SIG.