Pas de grève de la faim à la prison préventive de Champ-Dollon. Pour l'instant du moins. Les pétitionnaires ont obtenu de rencontrer des députés du Grand Conseil ainsi que des représentants de la Ligue suisse des droits de l'homme (LSDH) pour faire part de leurs soucis. En substance, les revendications concernent les violences policières et la durée des détentions avant jugement.

Avec 485 pensionnaires lundi pour 270 places, la prison la plus peuplée de Suisse est une potentielle poudrière. Pourtant, le directeur de l'Office pénitentiaire, Constantin Franziskakis, pouvait déclarer hier que «la situation est calme», même si chaque journée comporte ses difficultés. Pour une fois, la pétition signée par quelque 200 détenus ne dit rien des conditions d'enfermement. Le texte s'en prend davantage au fonctionnement de la justice et aux dérapages policiers.

Des enquêtes trop lentes?

Face à la presse, Doris Leuenberger, vice-présidente de la section genevoise de la LSDH, a servi de porte-voix à ces reproches. Les détenus font état de pressions psychologiques et physiques lors des interrogatoires de police. Ils dénoncent aussi les lenteurs des enquêtes et la longueur des détentions préventives qui dépassent parfois les peines infligées.

L'organisation a préparé plusieurs courriers à l'intention du chef du Département des institutions, Laurent Moutinot, et du pouvoir judiciaire. «Nous avons pris l'engagement d'entamer ces démarches et de retourner voir les détenus dans un mois», a précisé Doris Leuenberger. Tout en admettant qu'aucune «solution miracle» n'est à espérer.

Augmentation du nombre des juges d'instruction, mise sur pied d'un tribunal des flagrants délits à la française, obligation du port du matricule pour les policiers, création d'une véritable police des polices pour traquer les abus? Autant de pistes sont évoquées par la Ligue comme antidote possible au malaise.

Pour désengorger le système, il faudra sans doute mener une réflexion plus globale. Les chiffres de l'Office montrent que la durée moyenne du séjour à Champ-Dollon a augmenté de 35% en deux ans. Cette tendance au rallongement des préventives a déjà été dénoncée par d'autres avocats (LT du 07.04.2006). Un sujet chaud sur lequel les différents pouvoirs pourront s'affronter.