La votation sur les taxes énergétiques est un véritable casse-tête. Les subtilités qui différencient l'initiative solaire (taxe de 0,5 ct./kWh) de son contre-projet (0,3 ct./kWh) et de la redevance incitative (2 ct./kWh au maximum) sont si difficiles à expliquer que bon nombre d'organisations ont choisi la solution la plus facile: on dit carrément trois fois non ou trois fois oui, et tant pis pour les nuances!

Quelques exemples. Les cantons de montagne sont clairement favorables au contre-projet, car les recettes de la redevance de 0,3 ct./kWh profiteront à leurs centrales hydroélectriques. La taxe de 2 ct., prévue à plus long terme, peut aussi leur convenir car, pendant quelques années, elle continuera d'amener de l'eau sonnante et trébuchante à leurs moulins. On voit en revanche mal l'intérêt des cantons alpins pour l'initiative solaire. Malgré cela, et par souci de simplification, ils ont opté pour le triple oui.

Même situation pour les organisations économiques. On aurait pu imaginer qu'elles acceptent au moins de soutenir la taxe de 2 ct. dans la mesure où celle-ci permettra d'alléger ces fameuses charges salariales dont elles déplorent la lourdeur à longueur d'année. Eh bien non! Elles préconisent un triple rejet, ce qui leur permet de mener campagne avec un slogan simple: pas de nouveaux impôts!

Débat confus

Troisième exemple: le Forum alémanique des consommateurs a organisé mercredi une table ronde destinée à cerner les conséquences des taxes pour les locataires et les consommateurs. Le débat est resté confus. La présidente du Forum, Katharina Hasler, a même confié que, lorsqu'elle a consulté ses différentes sections, elle a reçu autant de triples non que de triples oui! Au bout du compte, le Forum dit oui à la redevance à long terme (les 2 ct.), car elle est écologiquement positive et fiscalement neutre. Il est plus hésitant pour l'initiative et le contre-projet, qu'il ne pourrait accepter que parce que le subventionnement proposé est limité dans le temps. S'il se confirme, ce probable mais timide triple oui alimentera les conversations d'alcôve, car Katharina Hasler n'est autre que l'épouse de Peter Hasler, directeur de l'Union patronale suisse qui défend le triple non…

Si l'on parcourt la liste des prises de position déjà annoncées, on observe que très peu d'organisations se risquent à diffuser un message nuancé. On ne trouve que deux groupes. D'un côté, un comité composé de députés de droite (parmi lesquels la radicale Christiane Langenberger) rejette l'initiative et le contre-projet, mais accepte la réforme fiscale (les 2 ct.) car elle permet d'alléger les charges salariales. De l'autre, les associations professionnelles de la construction (entrepreneurs, ferblantiers) ne soutiennent que le contre-projet, sans doute parce que celui-ci prévoit d'investir dans l'isolation des bâtiments.