Le Temps: Micheline Calmy-Rey a décidé de répondre elle-même aux critiques et interrogations alors qu'aucune règle ne l'exige. Pourquoi?

Paul Seger: Par sa présence, la Suisse a voulu montrer son attachement au Conseil des droits de l'homme et à cet examen périodique universel, dont elle a été un des initiateurs. D'autres pays ont d'ailleurs aussi été représentés au niveau ministériel.

– Le climat xénophobe et les discriminations raciales ont beaucoup été évoqués. La montée en puissance de l'UDC et ses campagnes anti-étrangers rendent-elles donc la situation des droits de l'homme en Suisse toujours plus précaire?

– C'est en tout cas perçu comme tel à l'étranger. Pour nous, il est très important de démontrer que, si certains milieux prônent des idées anti-étrangers, le gouvernement et le parlement suisses sont très attachés aux droits de l'homme. Nous avons aussi rappelé que la nouvelle loi sur les étrangers comporte pour la première fois un chapitre sur l'intégration. Tout est fait dans les milieux officiels pour que les étrangers soient le mieux intégrés possible.

– Justement: cette «xénophobie suisse» n'est-elle pas surévaluée en raison d'une méconnaissance de nos institutions? Certains s'imaginent que les imitatives lancées émanent du gouvernement…

– C'est vrai. Lors des élections fédérales, les affiches avec les moutons et le débat qu'elles ont provoqué n'ont pas contribué à donner une bonne image de la Suisse. Nous nous attelons justement à faire comprendre notre démocratie directe, à expliquer que des thèmes controversés peuvent être discutés sur la scène publique sans qu'ils soient soutenus par le Conseil fédéral. Nous sommes là pour mettre les points sur les i.

– Vous attendiez-vous à tant de remarques sur l'initiative de l'UDC sur les naturalisations et sa compatibilité avec nos obligations internationales?

– Nous nous y étions préparés. Nous comprenons ces craintes. Nous avons bien expliqué que si cette initiative est acceptée, le parlement devra encore la mettre en œuvre par le biais d'une loi. Et cette loi pourrait permettre des recours au Tribunal fédéral. Le message du Conseil fédéral dit clairement que, selon la manière dont le parlement transformera cette initiative en loi, le Tribunal fédéral pourra toujours examiner juridiquement des décisions en matière de naturalisations.

– Quelles sont les critiques formulées jeudi qui vous ont le plus marqué ou étonné?

– Nous nous attendions aux critiques sur la politique des étrangers. J'ai en revanche été personnellement surpris par le nombre d'interventions sur les discriminations envers les femmes. Apparemment la situation des femmes en Suisse intrigue.