Le PS genevois se désolidarisera-t-il du parti suisse? C’est la question qui se pose après l’approbation des délégués du PS suisse, samedi dernier, du compromis sorti des Chambres fédérales sur la réforme fiscale et le financement de l’AVS (RFFA). La réponse revient à la base du parti genevois, qui devra trancher lors de son assemblée générale à mi-octobre.

«L'enfant terrible du parti suisse»

Un premier signal est au vert. Avant l’assemblée du parti suisse, le mot d’ordre du comité directeur genevois à l’adresse de ses délégués était positif. Mais il n’engage pas la base, qui pourrait en décider autrement. «Nous aurons probablement un débat vif et nourri, estime Thomas Wenger, chef de groupe socialiste au Grand Conseil. On n’est pas ici sur un vote acquis.» Le signe que les sensibilités au sein du parti sont partagées sur le projet du Conseil fédéral. Et ce, malgré la position très claire du PS suisse, qui a approuvé le projet du Conseil fédéral à une majorité de deux tiers. Une confortable majorité, mais qui aura été le fruit de débats tumultueux, où il a fallu canaliser les temps de parole et sélectionner les orateurs. Finalement, c’est le pragmatisme qui l’a emporté, devant la crainte de voir la concurrence fiscale entre cantons faire rage et l’AVS en mauvaise posture.

Lire aussi: Le PS approuve le compromis sur la réforme fiscale et l'AVS

Rien ne dit qu’il en ira de même à Genève, où le PS se montre un peu l’enfant terrible du parti suisse. Que le PS genevois se distancie du grand frère helvétique s’est déjà vu. Par exemple en 2017 sur la réforme Prévoyance vieillesse 2020. Il avait dit non là où le parti suisse avait dit oui. Tout comme le peuple, qui avait refusé cet objet en votation populaire.

Un refus assez net

Les détracteurs genevois du compromis fédéral pourront s’appuyer sur un autre refus, celui des Verts, qui ont d’ores et déjà annoncé un référendum. Celui-ci séduit aussi les Jeunes socialistes et le Syndicat des services publics (SSP) qui a annoncé le soutenir. L’Union syndicale suisse (USS) quant à elle a accepté le projet du bout des lèvres, en laissant la liberté de vote.

Il faut ajouter aux opposants Ensemble à gauche, qui espère fébrilement un rejet des socialistes genevois. En attendant, il est farouchement déterminé au combat: «Un référendum cantonal sera très certainement lancé, et nous constituerons un front référendaire avec les syndicats et Solidarités», explique la députée au Grand Conseil Jocelyne Haller. Pour son parti, qui a lancé avec le PS, les Verts et les syndicats l’initiative constitutionnelle «Zéro pertes!» visant à empêcher que la réforme de l’imposition des entreprises ne péjore les prestations publiques, ce compromis est inacceptable: «Nous serons perdants deux fois, avance Jocelyne Haller. D’abord en se privant de précieuses recettes fiscales, ensuite en finançant l’AVS avec les deniers de la Confédération».

On verra d’ici quelques jours si la gauche genevoise s’unit contre ce compromis, ou si les socialistes se rallient au parti suisse, calculant qu’il y a finalement plus à y gagner qu’à y perdre.