Politique

Le compromis à la vaudoise ne fait plus recette

La cohésion politique qui a prévalu lors de la dernière législature a laissé sa place à une nouvelle façon de travailler. Sur la votation du 4 mars sur les frais dentaires, le Conseil d’Etat sera divisé

Pour la première votation de sa législature, le gouvernement vaudois ne fera pas front commun. La majorité du Conseil d’Etat, soit les quatre ministres de gauche, soutiendra l’initiative déposée par l’extrême gauche sur le remboursement des soins dentaires le 4 mars 2018. Les trois autres s’abstiendront de faire campagne: ils disent ne pas pouvoir soutenir un tel dossier. Le gouvernement a pourtant tenté de faire accepter au parlement son contre-projet, la droite l’a vidé de sa substance, assez pour qu’il soit retiré au profit de seule l’initiative.

Vaud excellait pourtant dans l’art des contre-projets

Cette situation est nouvelle et marque «une pause dans les compromis trouvés dans le canton de Vaud», selon le ministre Pierre-Yves Maillard. Le Conseil d’Etat excellait pourtant depuis des années dans l’art de faire passer sa vision consensuelle en forgeant des contre-projets, que cela soit sur les dossiers de la fiscalité des entreprises (RIE 3), de «Sauver Lavaux», ou de la pénurie de logements, pour n’en citer que trois.

Dès lors, la même mélodie s’entend sur toutes les bouches ou presque du parlement vaudois: le climat a changé. Les fronts se sont crispés. Après une législature de bonne entente entre la gauche et la droite, tant au niveau de l’exécutif que du législatif, et un travail approuvé dans les urnes lors des élections cantonales du printemps 2017, l’ambiance s’est dégradée. Le compromis dynamique semble loin, «on voit que les partis ont envie de s’affronter et qu’ils en ont besoin», déclarait Pierre-Yves Maillard à la fin de ce débat «hargneux» sur les soins dentaires.

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«Il fallait bien que cela arrive!», commente Olivier Meuwly, historien de la politique vaudoise. «La Constituante en 2003 avait posé les bases de ce compromis à la vaudoise, quinze ans plus tard, le débat sur les finances publiques rebondit, les tensions entre la gauche et la droite réémergent. Le consensus doit se réinventer, ce n’est pas parce que l’on touche à l’équilibre que tout est fichu. Le rapport de force entre les partis peut bouger, le pire serait de faire croire qu’un compromis est scellé pour l’éternité.»

La nouvelle tactique de la droite

Pour Pierre-Yves Maillard, le durcissement des positions du parlement remonte à la campagne des élections cantonales du printemps dernier: «La dernière législature, faite de compromis, n’a pas débouché sur un changement de majorité au gouvernement, la droite est donc tentée par la confrontation. Pour la première fois depuis longtemps, le fait que le Conseil d’Etat dans toutes ses sensibilités se rallie à un contre-projet n’a eu aucun effet sur la majorité du parlement. Or une part importante des électeurs PLR et centristes a préféré voter pour un socialiste que pour un candidat UDC, lors des dernières élections, marquant ainsi son souhait de voir les compromis gauche-droite se poursuivre. A la longue, cet électorat décisif sanctionnera ceux qui durcissent les fronts», pressent le ministre.

La députée socialiste Claire Attinger Doepper vit sa troisième législature au sein du parlement vaudois et remarque depuis cet été que «la majorité s’est définie en action contre toute avancée dynamique ou sociale». «Nous n’avions jamais vécu cela!» L’élue dépeint une «ambiance statique» et craint que le parlement, faute d’arriver à s’entendre, ne laisse échapper son pouvoir au profit du Conseil d’Etat.

Une architecture clivante

Le camp adverse fait le même constat, tout en y ajoutant une hypothèse architecturale. «La nouvelle salle du Grand Conseil dans la Cité offre un espace plus confiné qu’à la Riponne et les échanges y sont peut-être plus difficiles», lance Marc-Olivier Buffat, chef de groupe PLR. La nouvelle législature coïncide effectivement avec l’installation des députés dans le nouveau parlement vaudois, inauguré au printemps 2017 et son organisation spatiale est un élément qui peut favoriser les tensions.

L’hémicycle est séparé en son centre par une allée unique, qui souligne forcément, même inconsciemment, l’antagonisme gauche-droite. La disposition des parlementaires de part et d’autre de cette séparation limite les possibilités d’échange, tout comme les églises séparaient en leur milieu les hommes des femmes. La confrontation est d’autant plus forte qu’elle n’est possible que lorsque l’orateur monte à la tribune. Ainsi, l’influence des résultats de votes peut aussi se lire dans la pierre.

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