Les Vaudois comme les Genevois ne s'étaient précédemment prononcés chacun en faveur de l'initiative populaire «Oui à l'Europe» qu'avec une seule voix de majorité. Aussi l'assemblée du Parti libéral suisse, samedi à Neuchâtel, était-elle attendue avec un vif intérêt. Les libéraux ne sont pas à cette occasion tombés dans le piège que leur tendait l'initiative. Celle-ci a pourtant posé quelques problèmes de conscience à certains membres du parti, écartelés entre la rigueur d'une lecture très juridique du texte et une ouverture européenne.

Cette initiative est un «véritable piège aux libéraux», s'exclamait ainsi l'ancien conseiller national vaudois Jean-François Leuba. Pas un seul libéral, à son avis, ne serait prêt à souscrire à un texte de ce genre s'il ne s'agissait pas de l'Europe et de la logique des précédents engagements du parti. Lui comme son compatriote Eric Rochat n'ont pas vu d'autre solution à ce dilemme que l'abstention. Une majorité des délégués du parti a néanmoins choisi de privilégier la valeur symbolique de l'initiative et de recommander son acceptation. C'est par 60 voix contre 25 et 7 abstentions, un score d'une netteté surprenante, que l'assemblée s'est prononcée pour l'initiative, dans la droite ligne d'un engagement proeuropéen qui ne s'est pas démenti depuis dix ans.

Cet argument a été plusieurs fois repris samedi à Neuchâtel. Depuis Bâle en 1991, le Parti libéral a confirmé sa ligne congrès après congrès. Comment aurait-il pu se déjuger, pour des raisons de technique constitutionnelle? Soyons fidèles au but et passons par-dessus les inconvénients de l'initiative, affirmait le conseiller national neuchâtelois Rémy Scheurer. C'est bien au seul Conseil fédéral de décider de négocier avec Bruxelles, mais si le peuple l'enjoint de le faire, sa volonté prime sur l'ordre constitutionnel.

Le Vaudois Serge Beck a confirmé qu'il est un des opposants les plus résolus de l'initiative au sein du parti, en invitant l'assemblée à ne pas tomber dans l'angélisme ni dans le fétichisme. Comme le Genevois Gilbert Coutau, il estime qu'il faut commencer par réaliser les réformes internes nécessaires pour entrer dans l'UE avant de réactiver une demande d'adhésion.

Une large partie de l'assemblée a exprimé au contraire, samedi à Neuchâtel, son impatience. Il faut négocier au plus vite afin que l'on sache enfin à quelles conditions la Suisse adhérerait, et faire ensuite le travail d'adaptation nécessaire, assure le Neuchâtelois Jean Guinand. Pour le recteur de l'Université de Lausanne, Jean-Marc Rapp, la Suisse ne peut continuer à être un pays européen de seconde zone, qui ne cotise pas, qui ne s'exprime pas, mais qui année après année continue à absorber le droit européen. «Je ne peux pas supporter plus longtemps, affirme-t-il, d'être un suiveur passif de l'Union européenne.»