Centrale

Le compte à rebours a commencé à Mühleberg

Les BKW présentent le calendrier de démantèlement de la centrale. Le site sera réutilisable en 2034. L'opération coûtera 2,1 milliards de francs

La stratégie de démolition de la centrale nucléaire de Mühleberg est mise à l'enquête publique jusqu'au 3 mai. Son propriétaire, les Forces Motrices Bernoises (BKW), annonce une procédure en plusieurs phases à compter du 20 décembre 2019, date de l'arrêt définitif du réacteur en service depuis 1972. Elle durera jusqu'en 2034, date à laquelle le site planté sur la rive gauche de l'Aar sera à disposition pour une éventuelle reconversion industrielle ou pour être remis à l'état naturel.

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L'année 2020 sera consacrée à la préparation du démantèlement. Retirés du réacteur, les combustibles seront stockés pendant plusieurs années dans la piscine de désactivation. A partir de 2024, ils seront évacués et acheminés au dépôt intermédiaire de Würenlingen Zwilag, en Argovie, dont la capacité est jugée suffisante pour accueillir la totalité des déchets des cinq centrales nucléaires suisses jusqu'à ce qu'un site d'enfouissement soit trouvé, pour autant qu'un tel lieu puisse être trouvé.

200 000 tonnes de déchets

Après 2019, la radioactivité va chuter rapidement, promet la directrice générale de BKW, Suzanne Thoma. Elle serait mille fois plus faible trois mois après la mise à l'arrêt du réacteur et un million de fois moindre après cinq ans. De l'enceinte de Mühleberg, il faudra extraire et évacuer 200 000 tonnes de déchets démolition, dont le taux de radioactivité sera variable.

Selon Philipp Hänggi, chef de la division nucléaire aux BKW, 140 000 tonnes de matériaux de démolition pourront être revalorisés et 54 000 de déchets spéciaux seront mis en décharge. 2500 tonnes de matériaux légèrement radioactifs pourront être recyclées si elles sont désactivées. Et il devrait rester en fin de compte 5000 tonnes de déchets radioactifs, en partie issus de l'exploitation, qui devront être parqués au Zwilag puis, plus tard, stockés dans le futur dépôt en couches géologiques profondes encore à trouver. Les sites en discussion se trouvent dans la partie orientale de la chaîne du Jura, à cheval sur les cantons d'Argovie, Soleure, Zurich et Schaffhouse.

En 2024, tous les éléments combustibles auront quitté Mühleberg, promet Suzanne Thoma. Commencera alors la démantèlement à proprement parler. Les parties les plus fortement contaminées seront démontées sous l'eau, le reste dans la salle des machines. Cette phase durera six à sept ans. En 2031, alors que l'endroit sera en principe débarrassé de toute trace de radioactivité, la destruction sera achevée et la reconversion du lieu sera validée pour une réaffectation prévue en 2034.

La Suisse ne dispose encore d'aucune expérience en matière de démolition nucléaire. Mühleberg sera la première à subir les assauts des bulldozers et les BKW comptent utiliser leur en premier lieu leur personnel. Suzanne Thoma annonce que, des 300 collaborateurs de la centrale, seuls deux n'ont pas accepté de rester sous contrat après 2019. Quelques spécialistes de haut niveau seront néanmoins nécessaires pour certaines opérations de démontage et de désassemblage. Il seront vraisemblablement recrutés en Allemagne, où plusieurs réacteurs sont déjà à l'arrêt.

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Coûteuse élimination des déchets

Les BKW assurent avoir le contrôle de l'aspect financier de l'opération. La désaffectation est estimée à 800 millions de francs. A fin 2015, l'entreprise avait provisionné 861 millions, dont 350 pour la phase de post-exploitation. Le fonds de désaffectation de la Confédération disposait à la même date de 380 millions.

C'est l'élimination des déchets qui coûtera le plus cher. Pour Mühleberg, la facture est estimée à 1,3 milliard. Les BKW avaient provisionné 725 millions à fin 2015 et le fonds fédéral comprenait 550 millions. Mais le groupe bernois continuera de verser ses contributions aux deux fonds fédéraux jusqu'à fin 2022. Du coût total de 2,1 milliards, les BKW ont ainsi mis de côté 1,6 milliard et le reste suit son cours, assure Suzanne Thoma.

La mise à l'enquête s'accompagne de séances d'information destinées aux populations riveraines et de la consultation des cantons voisins. L'Office fédéral de l'énergie (Ofen) transmet le dossiers aux autorités bernoises, fribourgeoises, vaudoises, neuchâteloises et soleuroises afin qu'elles se prononcent sur le programme de désaffectation dans un délai de trois mois.

Les communes concernées et les particuliers situés dans un rayon de trois à cinq kilomètres autour de la centrale peuvent exercer leur droit de recours. Le Département fédéral de l'énergie de Doris Leuthard devrait délivrer l'autorisation définitive de désaffectation en été 2018.

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