On se disait que, pour une fois, l'austère ministre jurassien des Finances, le démocrate-chrétien Gérald Schaller, se serait déridé, laissant éclater sa satisfaction. Les comptes 2004 sont les meilleurs jamais réalisés par la République jurassienne: ils permettent d'éradiquer d'un coup le découvert au bilan de 80 millions, résultat d'une dizaine de déficits cumulés, et de constituer une fortune virtuelle de 11,2 millions. Pas d'euphorie pourtant, la satisfaction ministérielle est «nuancée», affirme Gérald Schaller, dans le ton monocorde qu'on lui connaît. Explications.

Dette réduite

Le 14 décembre 2004, à 23 h 42, le canton du Jura a encaissé 103,3 millions de francs, produit de la vente des actions des Forces motrices bernoises qu'il détenait (LT du 16.12.2004). La plus-value est de 99,3 millions et vient grossir les recettes ordinaires de 2004 (elles passent de 670 à 769 millions). «L'opération est exceptionnelle et unique», précise le ministre, qui affecte l'entier du gain à la réduction de la dette, ramenée ainsi de 511 à 420 millions.

Omniprésents dans la comptabilité, les 100 millions encaissés des FMB doivent pourtant être mis de côté pour lire les comptes 2004 du Jura. Des comptes pratiquement conformes au budget, qui tablait sur un déficit de 11,1 millions. Le résultat opérationnel est à peine moins rouge: 8,3 millions d'excédent de charges. Il faut y voir les premiers effets du vaste programme d'économies initié en 2003: les coûts des biens, services et marchandises, ainsi que certaines subventions, sont en diminution par rapport à 2003. Par contre, les mesures appelées à comprimer la masse salariale ne sont pas réalisées. Le gouvernement peine à réduire les effectifs de la fonction publique. Il avait fixé comme objectif de passer de 800 à 750 postes d'ici à 2007, «mais nous n'y parviendrons pas», dit Gérald Schaller. En 2004, l'administration a crû d'un poste, à 816. Et le parlement a refusé de toucher au statut et au salaire des enseignants. Dans la foulée, le gouvernement a décidé de ne pas appliquer une mesure qui était pourtant de son ressort: ramener de deux à une leçon hebdomadaire l'allégement du pensum des profs de plus de 50 ans. Résultat, la masse salariale croît de 2,7%. Malgré cela, le total des charges de fonctionnement reste inférieur au budget.

L'or de la BNS

Si le sourire de Gérald Schaller est resté crispé, c'est aussi parce que les impôts stagnent. Si les personnes morales produisent davantage, l'impôt des personnes physiques régresse. Notamment l'impôt sur la fortune. «Un sujet de préoccupation», commente le grand argentier, surtout que, pour accroître son attractivité, le Jura a réduit de 5% en moyenne sa fiscalité à partir de 2005.

Après la manne des FMB, le Jura se prépare à encaisser, en mai 2005, 260 millions provenant de la vente de l'or excédentaire de la BNS. «Une autre excellente nouvelle», se réjouit Gérald Schaller, qui s'emploie à tuer dans l'œuf les convoitises des communes et des partis politiques. Pour lui, cet argent doit aller intégralement à la réduction de la dette cantonale. Il précise, chiffres à l'appui, que les effets sur les comptes annuels seront limités, le bonus financier ne devant être que de 1,5 à 2 millions par année. Il y aura bien une économie, à terme, de 7,5 millions sur les charges d'intérêt de la dette, qui sera ramenée à 180 millions en 2009, au rythme du remboursement des emprunts.

Mais dans le même temps, le Jura ne verra pas augmenter de 6 millions sa part au bénéfice de la BNS, ce qu'il avait pourtant inscrit dans ses plans financiers. Gérald Schaller a fait ses calculs: «Nos exercices annuels resteront plombés par un déficit structurel d'environ 10 millions.» Et d'annoncer de nouveaux plans d'économies, «dont les modalités ne sont pas définies». L'exercice s'annonce périlleux: le refus du parlement d'opérer des économies sur le dos des enseignants incitera les fonctionnaires à refuser de passer seuls à la caisse.