L'affaire provoque un retentissement énorme au Brésil, plongé en plein bouleversement politique depuis l'élection du candidat de gauche Lula da Silva à la présidence: pendant des années, de hauts fonctionnaires des finances de l'Etat de Rio ont accumulé sur des comptes suisses quelque 50 millions de francs de pots-de-vin. La caisse noire était alimentée par de grandes entreprises de la région de Rio. Le Ministère public de la Confédération, à Berne, a ouvert une enquête pour blanchiment d'argent et transmis des informations au Brésil, notamment lors d'un voyage effectué il y a quelques semaines par le procureur suisse Brent Holtkamp.

Selon des informations de la presse brésilienne qu'a confirmées Le Temps, les comptes, ouverts il y a trois ans à la Discount bank de Zurich, ont été découverts et annoncés aux autorités suisses au printemps dernier, peu avant la fusion entre la Discount Bank et l'Union Bancaire Privée, un établissement genevois. «Dans le cadre du «due diligence» que nous avons conduit avec notre réviseur lors de l'acquisition de la [Discount Bank], nous avons constaté la nature problématique de certains comptes ouverts par des fonctionnaires brésiliens et en conséquence, avons agi conformément à nos obligations légales», explique un communiqué interne de l'UBP. Lorsque la banque a commencé à leur poser des questions, les fonctionnaires ont expliqué que l'argent provenait de mandats privés, ce qui n'a pas suffi à satisfaire les banquiers. Au Brésil, des employés de la banque et des journalistes qui enquêtaient sur l'affaire ont fait l'objet de menaces au cours des derniers jours.

Quatre des huit fonctionnaires suspectés ont été démis de leurs fonctions et inculpés. Le chef du groupe est un proche de l'ancien gouverneur de l'Etat Anthony Garotinho, un populiste de gauche sorti troisième des élections présidentielles.

La presse brésilienne relève que les montants accumulés en Suisse équivalent à 552 250 salaires minimaux et réclame leur restitution. L'opération risque cependant de prendre du temps, car la justice brésilienne devra démontrer à la Suisse l'origine délictueuse des fonds.