Politique

La condamnation qui ébranle Viola Amherd

La démocrate-chrétienne a été condamnée pour avoir perçu des loyers trop élevés durant plusieurs années. Une affaire qui révèle le malaise du Haut-Valais envers la possible candidate au Conseil fédéral

Son nom est sur toutes les lèvres. Viola Amherd fait partie des papables dans la course à la succession de la conseillère fédérale PDC Doris Leuthard. La Haut-Valaisanne n’a pas encore tranché qu’elle est déjà handicapée par un boulet. La conseillère nationale et sa sœur ont été condamnées en mai dernier par le Tribunal de Brigue pour avoir encaissé des loyers trop élevés durant plus de huit ans.

Selon le Walliser Bote, les deux sœurs ont continué de percevoir 7000 francs mensuels pour des locaux qu’elles louaient à une société du groupe Alpiq, alors que le loyer avait été revu à la baisse. En pleine période de restructuration, la firme a oublié de modifier le montant du versement automatique. Lorsqu’elle a demandé le remboursement des sommes indûment versées, la société s’est vu opposer un refus de la part des sœurs Amherd. Ces dernières estiment qu’aucun nouveau contrat n’a été signé. Les juges n’ont pas partagé cet avis et les ont condamnées à verser plus de 250 000 francs à leur locataire. Une décision qui fait l’objet d’un recours au Tribunal cantonal.

Au bout du fil, Viola Amherd est sonnée. «Ce n’est pas la meilleure matinée de ma vie», confie-t-elle. Cette affaire ne modifie pourtant en rien ses réflexions en vue d’une possible candidature au Conseil fédéral. «C’est une procédure civile et dans ce genre de cas les avis divergent souvent. C’est le droit de l’hoirie Amherd que de défendre ses intérêts. Cela n’a aucun lien avec mon mandat politique ou un éventuel mandat futur. Je n’ai rien à cacher.» Pour l’heure, la direction du PDC suisse ne se prononce pas sur cette affaire, puisque la principale intéressée n’est pas encore candidate. Florian Robyr, secrétaire général adjoint du parti, dit toutefois comprendre que cela puisse prêter à réflexion dans le cadre d’une candidature au gouvernement, mais pas pour un mandat de conseiller national.

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Un timing qui interpelle

Le timing, qui veut que l’affaire soit dévoilée aujourd’hui, n’est certainement pas dû au hasard. Il interroge sur l’envie des Haut-Valaisans de voir Viola Amherd siéger au Conseil fédéral. Connus pour se soutenir mutuellement, coûte que coûte, ils semblent cette fois-ci se désolidariser de leur concitoyenne. Depuis que le nom de la vice-présidente de groupe parlementaire PDC circule dans les médias pour succéder à Doris Leuthard, le Valais apparaît comme scindé en deux.

Si la majorité des élus bas-valaisans lui apportent leur soutien, ceux du Haut sont sur la retenue. Ils préfèrent ne pas se prononcer tant que Viola Amherd n’a pas pris sa décision. Une situation qui surprend l’ancien président du Parti socialiste suisse Peter Bodenmann. «Officiellement, les parlementaires fédéraux valaisans devraient apporter un soutien unanime à Viola Amherd, comme ce fut le cas pour Pascal Couchepin en 1998», tonne-t-il. Peter Bodenmann s’étonne également de l’absence de réaction du PDC haut-valaisan (CVPO) à la suite d’un article du Walliser Bote en défaveur de Viola Amherd.

Rédigé par Hubert Mooser, journaliste à la Weltwoche que l’on sait proche de l’UDC, le papier est critique envers la possible candidate, que d’aucuns au sein de son parti jugent trop à gauche et trop libérale sur les questions sociétales. «Il n’y a aucune volonté de nuire à Viola Amherd, souligne David Biner, rédacteur en chef adjoint du quotidien haut-valaisan. Nous avons entrepris une collaboration avec Hubert Mooser, qui nous fournira à l’avenir des articles sur des sujets qui concernent le Valais et dont on parle sous la Coupole fédérale», précise-t-il. Là aussi, on note un clivage entre Alémaniques et Romands. Car Le Nouvelliste, quant à lui, n’a pas tari d’éloges dans un récent portrait de Viola Amherd.

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Un bilan de présidente de commune remis en question

Cette discordance entre les deux parties du canton vient certainement de la carrière politique de Viola Amherd, principalement réalisée dans le Haut-Valais. Les Romands ne connaissent que vaguement l’avocate-notaire de 56 ans, élue en 1992 à la municipalité de Brigue-Glis, qu’elle a présidée de 2000 à 2012. Souvent présentée comme une femme d’exécutif, Viola Amherd n’a, semble-t-il, pas laissé un souvenir impérissable au sein de sa commune.

«Il faudrait aller sur le terrain pour voir ce qu’elle a fait ou non», glisse Peter Bodenmann, originaire de Brigue. Ancien rédacteur en chef adjoint du Walliser Bote, Luzius Theler évoque, lui, un bilan qui n’est pas aussi bon que certains veulent bien le faire croire. Pour lui, le rapport de force entre les deux grandes villes de la région s’est inversé. Historiquement place forte, Brigue, dont le centre-ville se vide selon Luzius Theler, a dû céder cette place à Viège. «Cette situation peut expliquer un certain désamour», analyse-t-il.

Viola Amherd n’a également pas su régler sa succession à la tête de la commune. Luzius Theler mentionne un «petit côté têtu» chez la démocrate-chrétienne, qui a certainement coûté la présidence de Brigue-Glis à son parti. «Il y a dix ou quinze ans, c’était encore inimaginable», explique-t-il. Pourtant c’est arrivé. En 2008, alors qu’elle siège au Conseil national depuis trois ans, Viola Amherd brigue un nouveau mandat de présidente. Fâché, son collègue de parti et d’exécutif Louis Ursprung, qui souhaitait la remplacer, quitte avec fracas le CVPO et se lance en indépendant, sur la liste UDC. La stratégie échoue, mais quatre ans plus tard, lors du retrait de Viola Amherd, c’est lui qui lui succède. Le CVPO a ainsi perdu l’un de ses fiefs et Viola Amherd un peu de sa cote.

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