L'avocat de Werner K. Rey est un excellent communicateur. Il est arrivé à rendre crédible une contre-vérité après la condamnation de son client à 4 ans de réclusion: Werner K. Rey n'aurait pas été un escroc, puisqu'il n'a été reconnu coupable, sur ce plan, que d'une tentative d'escroquerie. Une illusion de plus dans ce dossier, mais qui alimente déjà les interprétations diverses auxquelles ce jugement peut donner lieu.

«Nous n'avons que faire des jugements en demi-teinte, commente vendredi le quotidien populaire Blick. Ce qu'il faut, c'est des acquittements convaincus ou des peines exemplaires. Des juges avec du courage civil.» A l'opposé, le Tages-Anzeiger approuve la décision des juges, en rappelant la coresponsabilité des banquiers. La Neue Zürcher Zeitung souligne, elle, la zone grise dans laquelle se mouvait le patron d'Omni, où le bien et le mal ne se distinguaient pas facilement.

Ce procès est-il un échec pour les autorités, compte tenu des 6 millions engagés par le canton? Attention: la justice n'est pas un tire-pipes où l'on additionne les coups. Le «résultat» d'un procès ne peut se mesurer à la lourdeur de la peine infligée. Professeur de droit pénal à l'Université de Genève, Ursula Cassani n'a pas l'impression d'un revers. Il aurait été intolérable que Werner K. Rey ne soit jamais jugé. Le fait que son procès ait pu avoir lieu, alors même que le financier s'était réfugié dans un pays réputé «sûr», peut être considéré comme un succès pour la justice. Par ailleurs, le droit pénal n'est pas et ne peut pas être le premier moyen de pilotage de l'activité économique. Ces dernières années, certains domaines ont certes subi une pénalisation croissante, sensible dans le secteur financier, en matière de blanchiment d'argent par exemple. Le fait de causer un dommage à autrui ne relève cependant pas du juge pénal, mais du droit privé.

Cependant, «ce procès illustre à quel point il est difficile de mettre en œuvre l'action pénale contre des gens qui prennent la fuite, souligne pour sa part le procureur général du canton de Genève, Bernard Bertossa. Il est assez choquant de savoir qu'en raison de cela, l'accusation a dû être limitée. C'est une illustration du fait que l'entraide judiciaire internationale ne fonctionne pas.»

Il est évidemment difficile d'obliger les Bahamas, comme d'autres îlots soumis à un régime juridique pour le moins aéré, à se montrer plus coopérants. Néanmoins, si c'était à refaire, le conseiller d'Etat bernois chargé de la justice, Werner Luginbühl, affirme qu'il n'hésiterait pas. Il y a quelques années, le canton a répondu une fois pour toutes à ceux qui pensaient que le jeu n'en valait pas la chandelle: quoi qu'il en coûte, la procédure d'extradition serait menée à son terme. «Maintenant que le jugement est tombé, je n'ai pas réentendu ces arguments. Mais nous n'avons pas changé d'avis: personne ne doit pouvoir se soustraire à la justice en prenant la fuite.»

Le canton n'a pas abandonné l'espoir d'amener un jour la Confédération – qui a déjà signifié son refus en avril – à partager la facture du procès, dont l'essentiel se rapporte à la procédure d'extradition. Si la Confédération persiste dans sa fin de non-recevoir, «il y a un risque que les cantons renoncent à demander l'extradition de criminels pour de simples raisons financières», avertit Werner Luginbühl.

Il est trop tôt pour dire si le procès de Werner K. Rey sera compris, par des milieux hostiles à une intervention trop appuyée de la justice dans la sphère économique, comme la marque supplémentaire d'un activisme judiciaire finalement peu productif compte tenu des attentes. Mais la question n'est pas complètement saugrenue. Car les moyens financiers exceptionnels que ce procès a nécessités supposent un minimum de consensus politique sur la légitimité d'actions judiciaires de cette ampleur. Tel a été le cas, au moins, dans le canton de Berne.