Le Tribunal pénal de Bâle-Ville, qui a donné lecture de son jugement vendredi après-midi, n'a pas eu la main particulièrement légère. Deux ans de prison ferme pour le célèbre médecin des paraplégiques et conseiller national.

Guido Zäch a été reconnu coupable de gestion déloyale et condamné pour avoir occasionné un préjudice de près de 30 millions de francs à la Fondation suisse pour les paraplégiques et à l'Association des bienfaiteurs qui lui est liée et qui est chargée de récolter les contributions des très nombreux donateurs. Deux organismes qui n'auraient jamais pu vivre sans lui. Mais à force de les considérer comme sa chose, il aura fini par ne plus très bien les distinguer de ses propres affaires, ont estimé les juges.

La défense a immédiatement déclaré qu'elle faisait appel de cette condamnation. Guido Zäch, qui reconnaît certaines erreurs mais continue à contester qu'elles aient eu quoi que ce soit de pénal, n'en a pas moins annoncé dans l'après-midi son retrait immédiat du Conseil national. Son souci, a souligné le député démocrate-chrétien argovien à l'occasion d'une conférence de presse en fin de journée, est «de ne pas causer de tort à son parti» dans la perspective des élections fédérales de cet automne.

Le Ministère public réclamait 3 ans et 9 mois. Même si le tribunal a acquitté Guido Zäch sur une majorité des points de l'acte d'accusation et abandonné l'infraction d'abus de confiance, il s'est refusé à ramener la peine à un niveau qui permette l'octroi du sursis, soit 18 mois au plus. La présidente s'en est expliqué lors de la lecture du jugement: pour des raisons tenant à l'égalité de traitement, compte tenu de la pratique du tribunal, il n'était guère possible de descendre au-dessous des deux ans. Les dommages causés ne sont pas minces, et l'activité délictueuse de Guido Zäch s'est prolongée de nombreuses années – au point, d'ailleurs, que certains des agissements reprochés au médecin sont couverts par la prescription.

Le jugement retient contre l'accusé les investissements qu'il a effectués, pour le compte de la Fondation des paraplégiques ou de l'Association des bienfaiteurs, dans deux projets hôteliers qui s'avéreront désastreux, à Herisau (AR) et Dornach (SO). Dans les deux cas, le fait que les bénéficiaires aient été des proches ou des parents de l'accusé n'arrange pas son cas. Guido Zäch s'est également rendu coupable de gestion déloyale en profitant d'un loyer avantageux pour sa villa de Zofingue et en faisant assumer par l'aide aux paraplégiques certains frais liés à son logement. Le jugement lui reproche aussi de s'être octroyé une augmentation de salaire sans en référer aux organes de la fondation.

Guido Zäch, a relevé la présidente, était devenu le «chef d'un empire» et régnait sans partage sur les deux entités qu'il avait créées. «Il avait le monopole du pouvoir» et écartait toute velléité d'opposition. Il a omis, en particulier, de s'entourer de professionnels de l'immobilier et de l'hôtellerie qui auraient pu le conseiller utilement. Bien sûr, la condamnation du médecin ne saurait faire oublier tout ce qu'il a fait pour les paraplégiques. Aux quelques opérations douteuses effectuées par l'accusé s'en superposent bien d'autres, parfaitement régulières et qui ont été d'un immense secours pour la cause des handicapés.

Guido Zäch aurait pourtant dû être davantage conscient qu'une fondation et une association, même si on en est le père fondateur, sont des personnes juridiques indépendantes dont le patrimoine doit être consciencieusement affecté aux buts sociaux qui leur ont été fixés. Il n'est pas question de se livrer, dans ce cadre, à des investissements spéculatifs. La gestion doit être particulièrement prudente, les règles étant beaucoup plus strictes que pour les sociétés anonymes.

Il est des accusés qui, sitôt le verdict connu, fuient en murmurant à peine. Pas lui. A la porte du tribunal, un groupe de soutien l'attend et distribue des tracts proclamant la solidarité des paraplégiques avec le condamné. Et la veille déjà, une agence de relations publiques annonçait que le Dr Zäch donnerait une conférence de presse à l'issue du jugement, dans les salons de l'Hôtel Hilton de Bâle. Ses avocats commentent donc une condamnation qu'ils jugent d'une lourdeur «sans fondement», insistant sur la constatation que les faits dénoncés par un autre conseiller national, Marc Suter, dont la plainte est à l'origine du procès, ont débouché sur l'acquittement de leur client. Pour ce dernier, la condamnation qui le vise est «fausse, disproportionnée et choquante». La suite, donc, en appel.