Terrorisme

Condamné en France, un physicien de l’EPFL ne pourra pas revenir en Suisse

Ancien chercheur à l’EPFL et au CERN, Adlène Hicheur s’était vu infliger cinq ans de prison par la justice française pour ses contacts avec Al-Qaida au Maghreb islamique. L’homme est désormais indésirable en Suisse, confirme le Tribunal administratif fédéral

Le physicien franco-algérien Adlène Hicheur, ancien chercheur de l’EPFL et du CERN, ne pourra reprendre ses activités en Suisse. Dans une décision rendue publique lundi, le Tribunal administratif fédéral a confirmé l’interdiction d’entrée sur le territoire de la Confédération prononcée par l’Office fédéral de la police. L’homme avait été condamné par la justice parisienne, en 2012, à cinq ans de prison pour «association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un acte terroriste» en raison de ses liens avec Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI).

Rien ne permet de penser que l’intéressé «se serait entretemps distancé de son intérêt, voire de son soutien pour l’islam radical et le djihad guerrier», écrivent les juges dans leur arrêt. «Ses capacités supérieures à s’investir dans la recherche doivent être considérées, en relation avec son grand intérêt pour la mouvance djihadiste et les contacts qu’il a entretenus avec celle-ci, comme une menace pour la sécurité intérieure de la Suisse.»

Le procès, il y a trois ans, de ce brillant scientifique avait fait les titres de la presse française et suisse. Le Monde évoquait «la tentation djihadiste» à laquelle était accusé d’avoir cédé ce docteur en physique au cursus enviable. Mais le quotidien notait aussi que le procès n’avait pas permis de «percer le mystère de sa personnalité ni la réalité de ses engagements.»

A sa sortie de prison, Adlène Hicheur s’était publiquement défendu d’avoir soutenu le terrorisme et avait dénoncé dans des interviews un procès mené exclusivement à charge. Devant le Tribunal administratif fédéral, il a reconnu avoir «surfé sur des sites catégorisés comme radicaux et correspondu avec un cadre présumé d’Al-Qaida au Maghreb islamique». Mais il a contesté toute intention de s’associer à des activités terroristes concrètes.

Le TAF estime n’avoir «pas de raison de mettre en doute l’impartialité de l’instruction de la cause et du jugement prononcé à l’endroit d’Adlène Hicheur.» Il considère au surplus n’avoir pas la possibilité de porter une appréciation sur la régularité de la condamnation et la conformité de celle-ci à la Convention européenne des droits de l’homme.

S’agissant d’un ressortissant français bénéficiant de la libre circulation des personnes avec les pays de l’UE, une interdiction d’entrée ne peut être prononcée que pour des motifs particulièrement sérieux et encore actuels. «La seule existence d’antécédents pénaux ne permet pas de conclure automatiquement que l’étranger constitue une menace suffisamment grave pour l’ordre et la sécurité publics », souligne le jugement. Dans le cas précis, les agissements de l’intéressé constituent objectivement, encore aujourd’hui, une «menace réelle» au sens de la jurisprudence de la Cour de justice de l’UE.

Arrêt C-3494/2013 du 8 avril 2015

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