Améliorer les conditions de vie de la population nomade en Suisse et contribuer à préserver son identité culturelle: tels sont les objectifs affichés par la Fondation «Assurer l'avenir des gens du voyage». Créée par la Confédération en 1997, cette instance au statut privé réunit à la fois gens du voyage et autorités locales et fédérales. Mercredi, le Conseil fédéral lui a octroyé une somme de 750 000 francs pour la période 2002-2006, ce qui constitue un budget de fonctionnement de 150 000 francs par année.

Relation de confiance

«Le premier défi était d'établir une relation de confiance entre les autorités et les gens du voyage, explique Paul Fink, porte-parole à l'Office de la culture. C'était un peu difficile au début, mais aujourd'hui, cela se passe bien.» Concrètement, la fondation tente de venir en aide aux populations nomades confrontées aux problèmes de stationnement, de droit de passage, ou encore de patentes.

Selon May Bittel, qui siège au conseil de fondation en tant que représentant des gens du voyage, la discussion se passe plutôt bien au niveau fédéral: «Le problème, c'est qu'il n'y a que deux représentants pour 3000 communes suisses. Or, c'est essentiellement un problème de règlements auquel nous sommes confrontés. Et sur le terrain, nous sommes toujours face à ceux qui les appliquent. Difficile d'avoir accès aux personnes qui décident.»

A l'entendre, la population est désormais plutôt ouverte à l'égard des gens du voyage, parce que mieux informée. C'est aussi l'avis du professeur Thomas Haouker, coauteur du rapport sur la politique de la Suisse à l'égard des Tziganes durant la période nazie. Il met pourtant un bémol à cette appréciation: «Dès le moment où cela les concerne concrètement, ils sont plus méfiants.» Il cite l'exemple du vote des habitants de Versoix en juin 2000, qui avait refusé l'octroi d'une place de stationnement aux gens du voyage.

Pour le chercheur, les autorités fédérales ont leur rôle à jouer dans l'évolution du statut des gens du voyage. Le premier geste, au moins aussi symbolique qu'utile, serait d'octroyer à cette minorité une somme plus importante. «N'importe quelle population de ce pays a droit à une part de l'argent public qui se chiffre en millions de francs. 125 000 francs par année, c'est déjà quelque chose, mais ce n'est pas assez», estime Thomas Haouker. Il prône également des mesures éducatives – distribution de brochures dans les écoles – ainsi que la mise en place de centres de documentation sur les gens du voyage dont le but serait de témoigner de la présence séculaire des «Tziganes» en Suisse.

Reste que les gens du voyage sont décidés à agir autrement qu'à l'échelon fédéral. Selon May Bittel, qui n'entend pas renoncer à la discussion à Berne, un plan d'action se prépare sur le terrain, dont les grandes lignes seront dévoilées ce jeudi.