Dur revers pour Zurich et son aéroport. L'Office fédéral de l'aviation civile (OFAC) a rejeté la demande d'autorisation d'une approche dite «coudée» par le nord qui aurait permis de soulager le sud de l'aéroport des arrivées entre 6 et 7 heures du matin. Berne justifie ce rejet par des soucis de sécurité mais, deux mois après la visite de la chancelière allemande, Angela Merkel, l'enjeu politique garde sa vigueur.

Depuis l'échec de l'accord aérien entre Berne et Berlin en 2003, les avions sont, aux heures matinales, contraints d'aborder l'aéroport de Kloten par le sud. Et les riverains dès lors touchés par les nuisances sonores mènent une lutte engagée pour remédier à cette perturbation. En 2004, Unique, la société qui exploite l'aéroport, a formulé une demande pour une approche coudée par le nord, solution miracle qui devait permettre d'apaiser les aigreurs. Survolant notamment la campagne argovienne, les avions auraient été guidés à deux kilomètres de la frontière au moyen d'un système de navigation. On respectait donc l'interdiction de survol décrétée par le grand voisin tout en longeant de manière très rapprochée son territoire. Les pilotes auraient ensuite, au dernier moment, effectué un virage à 45° pour rejoindre la piste 14 de Kloten.

«Risque d'accident élevé»

Dans ses motifs de rejet, l'OFAC insiste surtout sur la sécurité. Les normes minimales sont certes remplies, mais «le risque d'accident est quatre fois plus élevé» car le pilote effectue l'approche finale à vue sans que l'appareil ne soit guidé par radar, justifie Berne. Il s'agit d'une procédure sans pareille au niveau international et qui présente un risque plus élevé qu'une procédure conventionnelle. L'office pourrait approuver cette approche si elle s'appuyait sur un système de navigation par satellite, version qui nécessiterait encore des années d'attente puisqu'il n'existe pas encore de critères de certification et d'autorisation. A Unique, qui lui reproche d'avoir trop tardé pour manifester son refus, l'OFAC, par la voix de son porte-parole, répond que plusieurs analyses ont dû être effectuées pour garantir son sérieux. «Et la politique de la Confédération exige que l'aviation civile du pays atteigne un niveau de sécurité des plus élevés.»

Par ailleurs, Berne enterre aussi l'idée de construire une nouvelle piste parallèle.

Grogne zurichoise

Autant dire que les mécontentements se sont multipliés hier à Zurich. Pour le gouvernement, qui aurait pu trouver dans cette approche par le nord un moyen de calmer les esprits chagrins, Berne a pris «une décision politique» qui lèse une partie de la population zurichoise et affaiblit, selon lui, la Suisse dans ses négociations avec l'Allemagne. Pour les riverains grognons du sud de l'aéroport, cette décision illustre le désintérêt de la classe politique helvétique face à cette question et laisse supposer que «l'Allemagne est maîtresse du jeu». Mais des messages de satisfaction sont aussi formulés: l'exécutif argovien - dont les communes de Baden et de Brugg notamment évitent ainsi un dérangement matinal - se réjouit, tout comme les autorités du district de Waldshut, dans le sud de l'Allemagne, de ce souci de sécurité.

En avril, lors de la visite à Berne d'Angela Merkel, le survol du territoire allemand a constitué l'un des sujets de discussion majeurs entre la chancelière et le Conseil fédéral. La délégation allemande a clairement refusé d'entrer en matière sur le «paquet» proposé par la Suisse, regroupant des propositions pour régler des problèmes routiers et de voisinage, afin de faciliter le règlement de la question de l'aéroport. Les deux parties ont convenu de reprendre les débats à la base, ou presque, en réactivant un groupe de travail technique pour une appréciation commune des nuisances sonores.

Hier, l'OFAC a insisté pour séparer son verdict sur l'approche par le nord des discussions bilatérales. Cette décision est techniquement motivée et, quoi qu'en pense le clan zurichois, n'a rien à voir avec une démarche politique, selon le porte-parole, Daniel Göring. «Cela est indépendant de la visite de Mme Merkel en avril.» Une chose est sûre: l'avenir de Kloten promet encore des cheveux blancs aux responsables zurichois, surtout politiques. Pour corser l'ensemble, trois initiatives liées à l'aéroport, notamment pour un plafonnement des mouvements aériens, sont encore pendantes.