Les fantômes du passé mouvementé de l'Expo ne sont pas loin. Annoncer un trou de 200 millions de francs dans les caisses de la manifestation n'était pas chose aisée, aussi prévisible que soit ce manque de liquidités. Les précautions étaient donc de mise vendredi, après les entretiens de Watteville qui ont permis aux partis gouvernementaux et aux représentants du Conseil fédéral de débattre des moyens d'aider Expo.02. «Franz Steinegger est convaincu que l'exposition ouvrirait ses portes en mai 2002 dans le cadre du budget actuel et avec des risques acceptables», a jugé bon de préciser le porte-parole du gouvernement, Achille Casanova, à propos du président du comité directeur, délégué de la Confédération au sein de la manifestation.

Négociations

La raison de ce manque de liquidités est simple: l'Expo dépense pour se construire, sans rien gagner encore. A ce rythme, ses caisses seront vides en mars. Or la vente des billets ne débute qu'en octobre. A en croire Stefan Aeschimann, secrétaire général du Département de l'économie, l'Expo et la Confédération n'ont pas attendu que le cas de figure se présente pour chercher des solutions. En 1999, lorsque la Confédération est intervenue pour sauver l'exposition nationale, il était question d'un emprunt bancaire, emprunt que Franz Steinegger est d'ailleurs actuellement en train de négocier.

Mais désormais, d'autres scénarios sont envisagés. L'une des raisons en est que les banques semblent réticentes à subvenir seules aux besoins de la manifestation et appellent de leurs vœux une contribution de la Confédération. Détail à signaler, c'est Rolf Dörig, actuel président du directoire du Credit Suisse qui représente le consortium: le même qui, en tant que responsable des finances de l'Expo «prêté» par la grande banque partenaire de la manifestation, proposait, il y a un peu plus d'un an, d'avoir recours à l'emprunt bancaire. Reste que la Confédération comme l'Expo considèrent d'un bon œil le recours à d'autres moyens, compte tenu des coûts que représenteraient les intérêts d'un nouveau crédit auprès de ces établissements: «Cela fait vite des millions, remarque le porte-parole, Laurent Paoliello. Finalement ce serait le contribuable qui en paierait aussi les frais.»

Pour éviter les coûts occasionnés par un emprunt classique, la Confédération pourrait donc pallier seule le manque de liquidités dont souffre actuellement Expo.02: c'est l'un des scénarios de rechange envisagés à ce stade. Il ne s'agirait pas d'une contribution supplémentaire, mais de la transformation d'une partie des quelque 350 millions de francs de la garantie de déficit en prêt. Si l'Expo ne pouvait honorer sa dette, celle-ci serait couverte par le montant voté il y a près d'un an par les Chambres. Mais deux autres solutions intermédiaires sont également à l'étude: l'une consisterait à utiliser ces mêmes 350 millions de la Confédération comme garantie auprès des banques. Enfin, les caisses de l'Expo pourraient être renflouées en partie par un prêt bancaire, en partie par un emprunt prélevé sur la garantie de la Confédération.

Si rien n'a encore été décidé, cette dernière hypothèse semble la plus plausible à ce stade. Selon Stefan Aeschimann, la répartition des contributions pourrait se faire de la façon suivante: les banques consentiraient à un premier prêt, de 160 millions de francs, qui permettrait à l'Expo de tourner jusqu'en juillet. Puis la Confédération interviendrait, remboursant d'une part 60 millions aux banques, déposant d'autre part dans les caisses de l'Expo le montant qu'il lui manque pour subvenir à ses besoins jusqu'à l'automne.

La transformation, même partielle, de la garantie de déficit en prêt nécessiterait l'aval du parlement. Compte tenu de l'urgence de la situation, le vote des Chambres pourrait intervenir lors de la session de mars déjà. Une épreuve qui n'inquiète pas vraiment: «Il n'y a rien à discuter, estime Stefan Aeschimann. Les parlementaires ont déjà approuvé la garantie de déficit et on ne leur demande rien de plus.» A l'Expo, on ne pense pas autrement. Nelly Wenger se réjouit même de cette éventualité. Elle y voit l'occasion de montrer aux parlementaires le chantier de l'Expo, preuve que leur vote de confiance d'il y a un an n'était pas vain.