Des mesures d'urgence s'imposent pour résoudre les problèmes du trafic d'agglomération, et il faut prendre en compte les intérêts des régions périphériques. Sur ces deux principes, Moritz Leuenberger a obtenu un fort consensus jeudi à Berne, au terme de la table ronde organisée par son département (Detec) pour examiner les mesures à prendre après le rejet du contre-projet Avanti (LT du 30/03/04).

Principaux partis politiques (sauf l'UDC qui n'est pas venu), Union des villes suisses, Conférence des directeurs cantonaux des transports et associations de transport se rejoignent pour dire que les infrastructures urbaines, et celles de désenclavement, doivent pouvoir être soutenue par la Confédération. L'accord se fait aussi sur l'utilisation des impôts sur les carburants, et sur la nécessité d'aller vite.

«Je suis surpris, je ne pensais pas rencontrer une telle concordance de vues au sein d'une assemblée aussi large et diverse», notait Moritz Leuenberger au terme de la réunion. «Je suis personnellement persuadé que la situation des agglomérations est grave», ajoute le chef du Detec, qui se réjouit en particulier de voir les associations routières admettre que le produit de l'imposition des carburants puisse partiellement servir à des projets ferroviaires.

Dans le fonds de financement spécial des dépenses routières, qui a atteint 3,683 milliards en 2003, il est toujours question de prélever une somme de l'ordre de 350 millions par an. Le montant exact n'a toutefois pas été articulé hier.

De quelle manière réunir cet argent? Confronté à diverses initiatives parlementaires, Moritz Leuenberger promet de suivre de près les travaux des commissions compétentes avant de proposer – avant la fin de l'année promet-il – un message au parlement. Ce qui est certain, précise Hans Werder, secrétaire général du Detec, c'est qu'il faudra une base constitutionnelle. Cela signifie que le peuple aura à nouveau son mot à dire.

Quant au moyen précis, on penche fortement au Detec en faveur d'un fonds, qui aurait l'avantage de garantir un financement continu, et mettrait cette manne à l'abri des programmes d'économies qui promettent de continuer à se multiplier dans le champ d'activité de la Confédération.

Réunie pour se pencher sur des principes, la table ronde d'hier n'est pas allée jusqu'à détailler les chantiers qui pourraient être ainsi aidés. Cet exercice-là promet d'être le plus épineux: «Il faudra se montrer très précis», insiste Moritz Leuenberger. Vu le cadre général fixé, il est néanmoins clair que Genève, en particulier, avec sa liaison Cornavin-Annemasse, peut garder espoir. L'optimisme manifesté par son directeur des travaux publics Robert Cramer, au lendemain du rejet du contre-projet Avanti, paraît ainsi un peu mieux fondé.

Reste à savoir toutefois dans quel délai le fonds de la Confédération pourrait se matérialiser, ce qui dépendra du parlement. Genève, qui attend 550 millions de la Confédération alors que le canton mettra 400 millions, doit aussi s'attendre à de la concurrence. La future participation fédérale sera à coup sûr très convoitée.

Ce tour de table conforte enfin l'analyse d'une surcharge du contre-projet Avanti. «Il est absolument clair que le second tube au Gothard était de trop», insiste Moritz Leuenberger, qui trouve tout à fait normal dans ce contexte de s'activer pour réaliser les mesures non contestées en faveur du trafic d'agglomération. «On ne court-circuite pas la volonté populaire en procédant de la sorte», insiste-t-il.

A l'UDC et à son choix de ne pas participer à la table ronde, le socialiste réserve une pique: «Dans une démocratie de proximité comme la nôtre, rien n'est plus fondamental que de discuter et de se consulter et d'échanger des avis. Je trouve dès lors profondément anti-suisse de refuser de participer à de telles réunions.»