Après les multiples remous autour de la quête d'un nouveau directeur, toujours introuvable, pour diriger l'Institut universitaire de hautes études internationales (IUHEI), la nouvelle a quelque chose de rassurant. L'établissement genevois va en effet faire l'objet, dès le mois de février, d'une évaluation en profondeur. Seront examinés non seulement son fonctionnement, mais aussi son positionnement sur un marché ultra-concurrentiel où s'affrontent les meilleures écoles spécialisées en relations internationales. Au vu du contexte tendu causé par la vacance à la tête de l'institution, la démarche tombe à pic. Même si, parallèlement, le Conseil de fondation de l'IUHEI continue à chercher un directeur – cette fois, sans recourir au chasseur de têtes Korn Ferry – après que l'ex-recteur de l'Université de Bolzano eut retiré sa candidature dans des conditions rocambolesques alors qu'il était sur le point de signer (Le Temps du 19 décembre).

Aujourd'hui, l'IUHEI n'a de toute façon pas le choix. Il doit, à l'instar des facultés de médecine et plus récemment des Ecoles polytechniques fédérales, être passé au crible par la Confédération qui le subventionne à hauteur de 37% (un peu moins de 5 millions de francs). Comme l'explique le recteur de l'Université de Genève, Maurice Bourquin, une telle évaluation s'inscrit dans la logique de la nouvelle loi sur l'université. Cette dernière prévoit que les universités soient régulièrement évaluées pour que la subvention fédérale leur soit garantie. Comme l'IUHEI, en tant qu'institut universitaire, n'était pas directement concerné par la loi en question, il a bénéficié d'une période transitoire qui arrive toutefois à son terme. «Ce travail devrait repositionner l'institution», relève Eric Baier, secrétaire adjoint aux affaires universitaires au sein du Département genevois de l'instruction publique. Un repositionnement qui pourrait avoir des conséquences majeures sur les choix stratégiques de l'IUHEI.

Aujourd'hui en tout cas, personne ne conteste la nécessité d'un tel audit. En octobre dernier, Charles Kleiber, secrétaire d'Etat à la science et à la recherche, rappelait au Temps que la situation de l'IUHEI le préoccupait. «La force et la réputation de l'IUHEI sont atteintes. C'est le symptôme d'un phénomène de vieillissement institutionnel», constatait-il. Aujourd'hui, c'est lui qui impulse cette évaluation à laquelle se rallie le canton au travers de la conseillère d'Etat Martine Brunschwig Graf, par ailleurs présidente du Conseil de fondation de l'IUHEI. En termes de calendrier, ce scannage pendra au moins six mois. Concrètement, un comité d'experts, qui pourrait être composé d'un doyen d'une faculté de relations internationales, de deux professeurs, l'un Suisse, l'autre de l'Union européenne, et éventuellement d'une ou deux personnalités issues de la diplomatie, se chargera de disséquer l'institut genevois. Le travail que les experts effectueront à l'institut même, souligne Eric Baier, devrait se concentrer sur une semaine. Au préalable, des questionnaires écrits seront envoyés aux responsables de l'institut, aux professeurs, aux étudiants, aux anciens diplômés. Un benchmarking appréciera le niveau de la recherche au sein de l'institution et enfin une autoévaluation sera réalisée. Ce n'est que sur la base des résultats de ces premières étapes que les experts se verront remettre un mandat précis.

Les bénéfices à tirer de cette évaluation sont manifestes, souligne Eric Baier: «Elle est censée non seulement définir plus précisément le cahier des charges du futur directeur, mais aussi fédérer tout le monde autour de la personne choisie.» Maurice Bourquin y voit un autre avantage. «Les résultats de cette évaluation seront un bon point de départ pour la réflexion à mener sur le processus de Bologne.» Et, comme l'a expliqué Martine Brunschwig Graf à l'Association des anciens étudiants de l'institut, lundi soir pendant près d'une heure et demie, ce travail analytique devrait offrir une base de discussion pour savoir si l'IUHEI doit continuer à former des étudiants de licence ou au contraire se concentrer sur le troisième cycle.

Enfin, à l'issue de ce processus, un mandat de prestations devrait être conclu avec la Confédération. Eric Baier juge un tel mandat nécessaire: «Il permettra de cibler davantage les objectifs. Mais aussi les dépenses. A ce jour, la Confédération nous subventionnait au forfait en fonction des comptes de l'année précédente. Une manière de procéder qui aboutissait à des situations absurdes.»