L'administration fédérale prépare un nouveau cadeau aux agriculteurs suisses: des primes supplémentaires récompensant ceux d'entre eux qui sauront faire pousser sur leurs domaines les prairies les plus naturelles. Le projet définitif de cette «prime à la qualité et à la mise en réseau» concoctée par l'Office fédéral de l'environnement (OFEFP) et l'Office fédéral de l'agriculture (OFAG) est presque prêt. Il devrait être mis en consultation à la fin de ce mois ou au début de septembre et, si le Conseil fédéral donne son accord, la nouvelle prime devrait commencer à être distribuée dès l'an prochain. L'OFAG table sur une dépense d'environ 40 millions de francs par an d'ici quelques années. Au total, les paiements directs à l'agriculture devraient se monter, selon le budget, à 2 milliards 321 millions de francs en l'an 2000. Une grande partie de cette somme est déjà liée au respect de l'environnement par les paysans.

A l'origine du nouveau projet, le constat fait par les associations de défense de l'environnement et les scientifiques: les résultats écologiques des paiements actuels ne correspondent pas aux attentes. Aujourd'hui, 7% des surfaces de domaines qui perçoivent des subventions doivent être vouées à la «compensation écologique» et constituer en jachères diverses, prairies peu ou pas engraissées, haies, bosquets ou murs de pierres sèches. Mais les évaluations scientifiques réalisées au cours de ces dernières années montrent qu'au moins un tiers des surfaces subventionnées n'ont que peu de valeur écologique et consistent encore largement en prairies grasses à pissenlits typiques de l'épandage excessif d'engrais.

L'administration avait donc deux options. L'une était de rendre les règlements plus sévères et d'obliger les agriculteurs à réserver des zones de qualité à la compensation écologique. Nettement moins conflictuelle, la solution retenue offre des incitations financières supplémentaires aux paysans qui rendront plus naturelles des surfaces particulièrement valables, soit en raison de la qualité de leur sol, soit parce qu'elles se situent à la jonction d'autres zones riches en biodiversité comme les forêts ou les marais. Les cantons recevront en outre la compétence de fixer leurs propres critères de qualité pour l'attribution des primes. Et comme cette nouvelle subvention sera financée à 80% par la Confédération, leur opposition au projet devrait être limitée. L'OFAG estime que la prime «qualité et réseau» va rehausser l'image de l'agriculture dans l'opinion parce que les résultats de la nouvelle politique agricole deviendront plus visibles. Autre avantage: les subventions écologiques réduisent la surproduction agricole et sont donc conformes aux normes de l'OMC.

«Véritable conservateur de la biodiversité»

Les critères d'attribution de la nouvelle prime sont assez inhabituels: il s'agit d'une liste de fleurs et de plantes des champs dont la présence devra être attestée dans les domaines agricoles pour leur permettre de bénéficier des nouveaux versements. L'établissement de cette liste, supervisé par le Forum national sur la compensation écologique, qui réunit des défenseurs de l'environnement et des représentants des milieux agricoles, a donné lieu à de longues négociations. Les résultats définitifs de ces discussions ne sont pas encore connus, mais il semble établi qu'y figureront des plantes comme le myosotis, le crocus, le thym, la sauge, la renoncule, la véronique, etc.

Avec cette prime, un nouveau pas sera franchi en direction de la transformation du paysan surproducteur des dernières décennies en «jardinier du paysage» fournisseur de «prestations écologiques». Cette évolution inquiète François-Xavier Paccaud, de l'association Prométerre, qui fut l'un des rares opposants à la nouvelle politique agricole adoptée en votation en 1996: «Avec de telles mesures, les paysans abandonnent le marché, et leur revenu devient de plus en plus dépendant de décisions politiques.» Daniel Zürcher, de l'OFEFP, n'est pas d'accord: «Grâce à ces mesures, le paysan devient, plus qu'un jardinier du paysage, un véritable conservateur de la biodiversité.»