L'été est chaud pour les médecins assistants du canton de Vaud. Ils menacent de reprendre la «grève des crayons» menée avec succès au début de cette année, s'ils n'obtiennent pas d'ici là dans les faits les améliorations obtenues sur le papier. La raison de leur colère: le Conseil d'Etat est parti en vacances sans adopter la nouvelle convention de travail alors que celle-ci aurait dû entrer en vigueur le 1er avril, selon les termes du pacte conclu en février dernier. Cette convention prévoit notamment le 13e salaire pour 2003, les 50 heures par semaine en 2004 et un outil de saisie des heures permettant le décompte hebdomadaire.

La menace de grève pour le 2 septembre a été soutenue par une énorme majorité des quelque 200 assistants et chefs de clinique réunis dans un auditoire du CHUV. Les modalités de cette grève, qui devrait être à nouveau de nature administrative – les grévistes assurent entièrement leur travail auprès des patients mais ne procèdent pas à la facturation, qui subit d'importants retards – seront décidées le 1er septembre. La menace est assortie d'une sommation judiciaire pour «forcer le gouvernement à respecter ses engagements», a expliqué Mercedes Novier, l'avocate des assistants en colère.

Parmi les médecins présents à l'assemblée, quelques-uns préconisaient une grève immédiate. Certains étaient particulièrement remontés contre le Conseil d'Etat «qui nous prend pour des idiots».«Nous voulions faire grève contre la clause du besoin et on nous a promis des améliorations salariales pour que nous restions tranquilles, a lancé l'un d'eux. Un an a passé et qu'avons-nous: rien!» Le scénario plus modéré préparé par le comité de l'Association des médecins assistants et chefs de clinique (ASMAV) a toutefois largement passé la rampe: s'il est vrai que ce sont des points de détail qui ont empêché le Conseil d'Etat de décider, deux semaines lui suffiront pour le faire après son retour de vacances, argumentait en substance le comité. Si au contraire, il y a des réticences de fond, la menace d'une nouvelle grève servira de moyen de pression.

Les raisons pour lesquelles le Conseil d'Etat n'a pas adopté la convention de travail des médecins assistants alors qu'elle était à l'ordre du jour de sa séance le 7 juillet dernier n'ont pas été communiquées officiellement à la corporation. Président de l'ASMAV vaudoise, Oscar Matzinger a fait rire en racontant qu'il avait en tout et pour tout reçu un coup de fil embarrassé de Charles-Louis Rochat, patron de la santé publique, lui annonçant le report de la décision, en raison de «problèmes techniques difficiles à expliquer».

En l'absence lundi du conseiller d'Etat, des collaborateurs de la santé publique assurent que le fond de l'accord n'est pas remis en question. Certains points demandent toutefois à être précisés, comme les conditions de licenciements de médecins assistants, désormais au bénéfice de contrats de durée indéterminée. Certains problèmes d'égalité de traitement avec d'autres catégories de fonctionnaires seraient également soulevés.

Les assistants font état d'un problème financier: l'Etat a tenté d'obtenir de leur part un million de francs supplémentaires (en plus de 4,2 millions déjà concédés) pour les améliorations 2003. Surtout, ils y voient de la mauvaise volonté. Ils ne comprennent pas que le gouvernement n'ait pu statuer sur une convention de travail approuvée par tous les partenaires, à l'issue de onze longues séances de pourparlers.

La grève des crayons de l'hiver dernier est survenue alors que l'avenir professionnel est rendu incertain par la clause du besoin, que le canton de Vaud applique avec une rigueur particulière, et la suppression attendue de l'obligation de contracter. Suivie avec attention par le reste du pays, elle est apparue comme une première démonstration de force d'une catégorie émergente, celle des médecins hospitaliers.