Les autorités de Moutier sont en colère: le septième programme de réalisation des routes nationales prévoit de nouveaux retards pour la Transjurane. La Prévôté en sera directement affectée, au nord et au sud. L'exécutif de la Ville, qui vient de perdre 200 habitants durant le premier semestre 2003 (de 7700 à 7500 habitants), dénonce une «flagrante injustice», en constatant que le Conseil fédéral privilégie «le confort des Zurichois avant le développement de la région industrielle du Jura». Il invite avec insistance le président de la Confédération, Pascal Couchepin, à se déplacer à Moutier pour «expliquer la politique fédérale, qui apparaît incohérente et discriminatoire», au cours d'un débat public. Explication avec le maire de Moutier, Maxime Zuber.

Le Temps: Moutier avait déjà sollicité la Confédération lors de la débâcle de Tornos, sans succès. Pourquoi ce nouveau coup d'éclat?

Maxime Zuber: Ce n'est pas un coup d'éclat. Nous demandons simplement à la Confédération de nous expliquer pourquoi le pôle zurichois et la place financière sont systématiquement favorisés au détriment de l'Arc jurassien et du secteur industriel.

– Croyez-vous vraiment que Pascal Couchepin viendra débattre à Moutier?

– Il a pris la peine de convoquer les médias pour justifier son option d'une retraite à 67 ans, sans doute accordera-t-il autant d'importance à l'avenir de notre région industrielle. Avant lui, Jean-Pascal Delamuraz était venu à Moutier souligner que notre pays ne se limite pas à la juxtaposition de la Suisse alémanique et de la Suisse lémanique. Si Pascal Couchepin ne vient pas en Prévôté, c'est qu'il n'est pas sûr de lui.

– Que reprochez-vous à la Confédération?

– Plusieurs cantons affirment avec raison que la Suisse occidentale est pénalisée par la politique centralisatrice des autorités fédérales. Je partage cette critique et je déplore l'absence de préoccupation pour le secteur industriel, propre à notre région.

– Le Conseil fédéral vous a déjà répondu qu'il ne peut pas aider les entreprises industrielles. Que lui demandez-vous de nouveau?

– S'il n'est pas possible d'aider directement les entreprises, malgré le contre-exemple de Swissair, au moins la Confédération doit-elle renforcer les conditions-cadres susceptibles de contribuer au développement des régions industrielles. En retardant l'achèvement des routes nationales, de la Transjurane en particulier, le Conseil fédéral fait l'inverse. Le confort des Zurichois passe avant le développement de l'Arc jurassien.

– N'est-ce pas irrévérencieux qu'une ville de moins de 8000 habitants défie de la sorte le président de la Confédération?

– Notre démocratie cultive le respect des minorités. Même les plus petits ont le droit de s'exprimer. Je ne vois rien d'irrévérencieux à ce que les autorités de Moutier invitent poliment l'ancien président de Martigny.

– Pour autant que Pascal Couchepin accepte de venir débattre à Moutier, qu'en attendez-vous?

– Une telle visite montrerait à la Suisse que notre région est économiquement performante. Elle dispose d'un potentiel sur lequel un avenir peut être bâti. A condition de disposer des mêmes conditions générales que les pôles urbains.