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Confronté au recul de l’UDC, Christoph Blocher relativise

Réchauffement climatique et pertes électorales: à en croire le doyen de l’UDC, le parti n’a plus qu’à attendre que l’orage passe

A 79 ans, le patriarche Christoph Blocher reste aux affaires. Il l’a démontré une fois de plus mardi en conviant les médias à discuter dans un restaurant à la gare de Zurich. Le schéma classique de la conférence de presse veut qu’il y ait une annonce, suivie de questions des journalistes. Rien de tel, dans ce cas. «J’ai reçu tellement de demandes d’interview. Je n’ai pas besoin de vous dire quelque chose, c’est vous qui avez besoin de me parler», a déclaré Christoph Blocher avant de passer deux heures à répondre aux journalistes.

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Son parti est en pleine tourmente, après la débâcle électorale à Zurich, Lucerne et Bâle-Campagne. Dans son fief, l’UDC a reculé à son score de 1995. Mais Christoph Blocher affiche un air décontracté. Le parti va bien, dit-il. «Nous ne nous laissons pas emporter par la mode de la fin du monde. Nous gardons la tête froide.» Et le président de l’UDC nationale, Albert Rösti, n’a pas de souci à se faire: «Il est bon.» Il compare l’inquiétude autour du climat aux discussions sur la mort des forêts, dans les années 1980. A l’époque, l’UDC avait riposté à coups de campagnes agressives. Or cette fois, Christoph Blocher admet l’impuissance de son parti: «Nous ne sommes pas parvenus à contrer le rouleau compresseur du discours sur la catastrophe climatique. C’est comme une religion. On a beau dire que c’est faux, cela ne sert à rien. Il faut attendre que cela passe. Mais le monde ne va pas s’effondrer.»

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Pour Christoph Blocher, si les glaciers reculent, c’est bien le signe d’un réchauffement. Mais là aussi, il sème le doute. «Les glaciers ont toujours reculé et avancé. Je ne veux pas me mêler de discussions pseudo-scientifiques. Et, même si la Suisse n’émettait plus de CO2, elle ne pourrait rien changer au réchauffement tant que la Chine et l’Inde continuent d’en produire.» L’UDC n’a-t-elle donc aucune réponse à apporter aux inquiétudes de la population sur le climat? «Nous ne devons pas nous fier à un baromètre des préoccupations, mais plutôt nous demander quel est le plus grand danger pour notre pays: l’atteinte à la liberté.» Selon le doyen, le rôle de l’UDC est plutôt de lutter, au nom des «classes moyennes», contre les «charges massives» voulues par la gauche pour financer les mesures contre le réchauffement climatique. Ou contre la signature d’un accord-cadre avec l’UE, qui «priverait la Suisse de sa capacité de décision».

«Le parti a dormi»

Quant à la défaite électorale zurichoise, de mauvais augure pour l’automne, le fondateur de l’UDC l’explique par un manque de préparation: «Le parti a dormi.» La sanction est tombée peu après le scrutin, avec l’éviction de la direction de l’UDC zurichoise au complet. Le père de l’UDC, qui a lui-même fait le ménage, affirme qu’il s’agissait d’une décision longuement mûrie, «stratégique et non politique». Il s’empresse aussi d’invoquer une oscillation inévitable: «Au moment de prendre la direction du parti en 1977, je n’ai jamais imaginé qu’il dépasserait 25% des voix. Lorsqu’on est arrivé si haut, on ne peut que redescendre», dit-il pour mieux nuancer les pertes. L’ancien conseiller fédéral ajoute: «Un parti n’a pas comme tâche de gagner des élections. Il doit se saisir de thèmes.»

Il en est convaincu: tout changera quand l’économie ira moins bien. «Les électeurs votent à gauche lorsqu’il y a de l’argent à distribuer et à droite quand ils ont du souci à se faire pour leurs emplois», affirme-t-il sur le ton du vétéran, lui qui avait pris la tête d’un parti mal en point en 1977. «On ne choisit pas quelqu’un comme moi quand tout va bien.»

Désormais, l’homme providentiel s’appelle Roger Köppel, candidat aux élections pour le Conseil des Etats, actuellement en tournée dans les 162 communes zurichoises. «Avec lui, nous sommes sûrs que le parti ne s’endormira pas», souligne Christoph Blocher. Le tribun se dépeint dans le rôle d’un vieux sage expérimenté, que l’on consulte en cas de problème. Or, le fait qu’il intervienne en coulisses à chaque turbulence n’est-il pas le signe d’un manque de relève et de leadership à la tête du parti? Non, l’UDC n’est pas dépourvue de meneurs, rétorque le tribun. Et pourtant, il a cette métaphore: «Ce n’est que lorsqu’un vieux chêne tombe que les jeunes pousses ont suffisamment de place et de lumière pour émerger.»

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