Pas facile de s’y retrouver dans les chiffres concernant le bilan quotidien des victimes du coronavirus. Officiellement, selon les dernières données de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), le Covid-19 a provoqué 70 décès. Mais le site d’un informaticien bernois en indique 112.

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Qui croire? Ce lundi, le chef de la division des maladies transmissibles de l’OFSP, Daniel Koch, s’est un peu offusqué de la question. «Vous nous soupçonnez de donner de faux chiffres?» s’est-il insurgé. A la mi-journée, son office communique les données qu’il a reçues le matin même des cantons: 8000 cas positifs et 70 décès. Et il précise qu’il peut y avoir un décalage de cinq à six heures par rapport aux informations des cantons, souvent plus actuelles.

Alarmant ou rassurant?

Depuis quelques jours, Daniel Koch, un grand professionnel dont personne ne remet les compétences et la probité en question, souligne deux choses. D’une part, il s’inquiète de la progression toujours très forte du nombre de patients atteints par le coronavirus, soit 1000 de dimanche à lundi. La bonne nouvelle, relativise-t-il, c’est que le ratio entre le nombre de cas et celui des décès est bas, nettement inférieur à celui de l’Italie par exemple.

C’est bien là que le doute s’installe. Au moment même du point de presse avec Daniel Koch, le site Corona-data.ch de l’informaticien bernois Daniel Probst annonçait quant à lui 112 morts, ce qui signifierait un doublement du nombre de victimes en deux jours. Un site sérieux, selon plusieurs spécialistes consultés. Il cite ses sources, qui renvoient le plus souvent aux données des cantons.

Autre point d’interrogation: la manière dont la Suisse compte ses morts. S’agit-il de décès uniquement dus au coronavirus ou également à des cas liés à de la polymorbidité. Là aussi, la manière dont les pays déroulent leurs statistiques n’est pas uniforme, de sorte qu’une comparaison reste très aléatoire.

La réaction outrée des Genevois

Pour le reste, le point de presse des autorités fédérales a une fois de plus mis en exergue les limites du fédéralisme. En effet, le directeur de l’Office fédéral de la justice (OFJ), Martin Dumermuth, a fait savoir qu’en cas de «situation extraordinaire», état dans lequel est passée la Suisse depuis une semaine, la marge de manœuvre des cantons est extrêmement restreinte. Uri, qui avait décidé une mesure de confinement des personnes âgées de plus de 65 ans, s’est ainsi fait remettre à l’ordre.

De même, ni le Secrétariat d’Etat à l’économie, ni l’OFJ n’ont apprécié que les cantons de Genève et du Tessin ordonnent un arrêt de tous les chantiers sur leur territoire dans le secteur du bâtiment. Une décision contraire à l’ordonnance édictée par le Conseil fédéral, estiment-ils. En fait, ces cantons doivent le faire dans les cas où il est prouvé que le maître d’œuvre ne respecte pas la distance sociale entre les travailleurs, mais ils ne peuvent le faire de manière généralisée. En cas de recours, cela promet de belles batailles juridiques en perspective.

Cette prise de position des offices fédéraux a profondément déplu à Genève, ce d’autant plus que cette fermeture des chantiers avait été préconisée par les partenaires sociaux. «Je conteste toute légitimité à l’administration de se prononcer de manière péremptoire sur une problématique politique qui est de la compétence exclusive du Conseil fédéral», déclare le secrétaire général de la Fédération genevoise des métiers du bâtiment, Nicolas Rufener. «Nous avons constaté que dans la grande majorité des chantiers le respect des prescriptions est difficile, voire impossible.»

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