politique fédérale

Congé paternité: le Conseil national opte pour les deux semaines

Le modèle du congé parental, entré trop tardivement dans le débat en commission, n’a pas fait le poids face au congé paternité. Le Conseil national opte pour une solution minimaliste, rejetant aussi l’initiative de Travail.Suisse

La Suisse aura un congé paternité de deux semaines. Ainsi en a décidé le Conseil national, qui a suivi le Conseil des Etats. A une large majorité, il a favorisé un contre-projet indirect à l’initiative des quatre semaines du syndicat Travail.Suisse, pourtant soutenue par 180 organisations de la société civile. Le PDC a été le parti le plus enthousiaste à saluer ce progrès vers l’égalité. Après avoir perdu de justesse sur la motion de Martin Candinas (PDC/GR) en 2016, le «parti de la famille» a savouré sa revanche. Philipp Kutter (PDC/ZH) a souligné la nécessité de ce congé de deux semaines, que les PME peuvent assumer financièrement. Son prix est raisonnable: 230 millions de francs financés par les allocations pour perte de gain (APG), pour moitié à la charge des employeurs et pour moitié à celle des travailleurs.

Le congé parental, modèle d’avenir

Mais, mis à part le PDC, le compromis adopté hier par le Conseil national a laissé la gauche sur sa faim, tandis que la droite dure a vainement tenté de le torpiller. Adversaire convaincu du projet, l’UDC a envoyé des femmes au front: Nadja Pieren (BE) et Verena Herzog (TG). La première a fait remarquer que les «vrais coûts du projet, incluant les dépenses indirectes», se monteraient en réalité à un milliard de francs. La seconde a déploré un développement de l’Etat social, alors que certaines assurances n’ont pas encore été assainies. Elle s’est aussi interrogée sur la nécessité d’un tel congé, dans la mesure où «la nature fait que le père ne peut qu’assister sa femme de manière limitée à la naissance de l’enfant».

Les autres partis ont donc été plutôt «déçus en bien». Pour eux, ce compromis ne pouvait être qu’«une étape intermédiaire» sur le chemin d’un congé parental, soit un congé beaucoup plus généreux mettant à égalité les deux parents. Dans le cadre d’une proposition minimale, les Vert’libéraux ont prôné 14 semaines pour les pères en appoint des 14 semaines déjà accordées aux femmes par le congé maternité. «Le congé paternité est un combat d’arrière-garde. Seul le congé parental assure une égalité des chances aux deux parents dans leur carrière professionnelle», déclare Isabelle Chevalley (Vert’libéraux/VD).

Lire notre éditorial: Pour le congé paternité, un succès d’étape, rien de plus

Et sa collègue Kathrin Bertschy (VD), qui a déposé une motion dans ce sens en 2014 déjà, de renchérir: «L’initiative de Travail.Suisse prônant les quatre semaines a été dépassée par la grève des femmes du 14 juin dernier.» Cet événement, qui a vu près de 500 000 hommes et femmes investir toutes les grandes villes de Suisse, a réveillé les consciences, notamment dans les partis de droite. «Même de nombreux hommes des partis bourgeois se sont rendu compte que l’égalité n’était pas réalisée», affirme-t-elle.

Le PLR pour un congé parental minimaliste

A droite, le vice-président du PLR, Philippe Nantermod, n’avait pas besoin d’être convaincu par l’idée du congé parental. Son parti y est favorable, mais pour une durée de 16 semaines seulement à se répartir entre les deux conjoints. Ce jeune papa d’un garçon de 4 mois a mesuré la nécessité de réaliser l’égalité dans le cadre de sa profession d’avocat. «Dans les cas de divorce, ce sont les couples fondés sur un modèle traditionnel de la famille qui aboutissent le plus souvent à des drames humains et financiers. Les pères sont malheureux et ruinés, tandis que les mères sont déconnectées du marché du travail et peinent à joindre les deux bouts malgré les pensions alimentaires qu’elles touchent», témoigne Philippe Nantermod. Pourtant, le PLR, opposé au développement de l’Etat social, ne veut pas aller au-delà des 16 semaines, une durée minimaliste qui choque la gauche.

Assurément, le congé parental constitue le modèle d’avenir, même s’il n’a pas passé la rampe en ce 11 septembre au Conseil national. Mathias Reynard (PS/VS) et Irène Kälin (Les Verts/AG) ont échoué avec leurs propositions d’un congé de 38, respectivement 52 semaines. «Pourtant, un congé d’un an ne placerait la Suisse qu’au milieu du peloton des pays de l’OCDE», a assuré l’Argovienne. Mais voilà: cette mesure coûterait entre 2,5 milliards pour les 38 semaines et 3,8 milliards pour les 52 semaines, des chiffres qui effraient le PLR et l’UDC.

Il faudra pourtant attendre la prochaine législature pour accomplir de nouveaux progrès dans ce dossier. Le PS de même qu’une fondation spécialisée dans la récolte de signatures ont déjà annoncé le lancement d’une nouvelle initiative populaire en faveur d’un congé parental de 30 à 40 semaines. Cela, c’est de la musique d’avenir. Dans l’immédiat, le président de Travail.Suisse, Adrian Wüthrich, n’exclut pas de retirer son initiative pour favoriser une mise en place rapide d’un congé paternité de deux semaines à l’horizon des années 2021 ou 2022.

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