Politique fédérale

Congé paternité: une percée pour les deux semaines

Le Conseil des Etats approuve le principe d’un congé paternité de deux semaines. Mais pour le PLR, l’avenir appartient au modèle d’un congé parental global de 16 semaines

C’est fait. Un jour après avoir introduit des valeurs indicatives pour promouvoir les femmes à la tête des entreprises cotées en bourse, le Conseil des Etats a fait un deuxième petit pas vers l’égalité. Il a approuvé – par 26 voix contre 16 – un contre-projet indirect à l’initiative du syndicat Travail.Suisse exigeant un congé paternité de quatre semaines. Il lui préfère un compromis qui instaure tout de même un congé de deux semaines d’un coût de 230 millions par an financé par l’assurance perte de gain.

L’homme du débat? Incontestablement Pirmin Bischof. En automne dernier, l’avocat soleurois, âgé de 60 ans mais jeune papa de deux filles de 4 et 1 an, avait renoncé à briguer un siège au Conseil fédéral alors qu’il était l’un des favoris pour succéder à Doris Leuthard. «J’aurais aimé être conseiller fédéral, mais je tiens surtout à être un bon père», confie-t-il alors au Temps avant d’annoncer que son prochain combat serait pour le congé paternité.

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Il a tenu parole. Il s’est lancé dans un flamboyant plaidoyer, abordant la question sous les angles aussi bien économique que familial. Sur le premier plan, il note que lors de ses contacts avec les CEO de grandes multinationales, ceux-ci déplorent toujours la pénurie de main-d’œuvre qualifiée. La Suisse est certes un pays magnifique avec des salaires élevés et une infrastructure remarquable, mais totalement dénué d’une politique familiale digne de ce nom. C’est la raison pour laquelle ces patrons ont pris les devants. «L’image d’un pays se joue aussi sur la politique familiale, et l’Etat a un rôle à jouer à ce sujet», a souligné Pirmin Bischof. D’autre part, sur le plan familial, de nombreuses études prouvent qu’un congé paternité profite aussi à l’enfant, qui sera en meilleure santé, notamment dans les familles à faible revenu.

L’initiative sans chance au sénat

La gauche est presque seule à soutenir l’initiative de Travail.Suisse. Mais comme celle-ci n’a aucune chance au Conseil des Etats, elle se rallie au contre-projet. Sage-femme de profession, Liliane Maury Pasquier (PS/GE) insiste sur l’importance du lien père-enfant qui se noue dès les premiers jours dans le parfum des bains et l’odeur des couches, voire lors des nuits blanches! Tout le monde y gagne à la fin: la famille, avec deux parents plus égaux et épanouis, la société ensuite et enfin l’économie.

Alors que le PDC soutient désormais unanimement le contre-projet, le PLR a rarement paru aussi déchiré. Electron libre dans son parti, le Neuchâtelois Raphaël Comte n’a pas hésité à faire un saut vertigineux dans l’avenir. «Dans cinquante ans, la Suisse connaîtra un congé parental et le débat de ce jour apparaîtra un peu ridicule, un peu de la même façon que les jeunes d’aujourd’hui se demandent comment ce pays a pu priver les femmes du droit de vote jusqu’en 1971», a-t-il remarqué. Raphaël Comte ne cache pas qu’il soutient l’initiative, estimant que «la réflexion ne doit pas tuer l’action».

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«L’avenir, c’est le congé parental»

Mais le Neuchâtelois est très isolé dans son parti. La plupart de ses collègues combattent le contre-projet, cela «sans la moindre mauvaise conscience», selon les termes de Joachim Eder (PLR/ZG). Les uns parce qu’ils ne veulent pas développer l’Etat social. Les autres, comme l’Appenzellois Andrea Caroni, parce qu’ils estiment que l’avenir appartient au modèle d’un congé parental global, et non pas à un congé paternité qui ne fait que cimenter le rôle traditionnel dévolu aux deux parents au sein de la famille. Ce jeudi 20 juin, les sénateurs PLR ont d’ailleurs déposé une motion prônant un congé flexible de 16 semaines, dont les 8 premières semaines sont réservées à la mère. «Ce modèle, qui renforce l’image d’une famille libérale, doit aussi améliorer la conciliation entre la vie privée et la carrière professionnelle», disent-ils.

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Théoriquement, ce discours devrait toucher une corde sensible au sein de la gauche. Il a pourtant fait naufrage au sein de la Commission sociale du Conseil des Etats. En parlant des 8 semaines réservées à la mère, le PLR remet implicitement en cause le congé maternité de 14 semaines durement acquis au début des années 2000. «Gardons-nous d’entrer dans une querelle stérile entre les congés maternité et paternité», a averti Liliane Maury Pasquier.

En fin de compte, le sénat n’a pas écouté le Conseil fédéral, qui encore tout récemment s’est prononcé contre le contre-projet. Lors du débat, un orateur s’est demandé si le gouvernement ne vivait pas dans un autre siècle. De toute façon, après le Conseil national, qui doit encore s’emparer du sujet, le peuple aura le dernier mot. Jusqu’à présent, les sondages indiquent qu’il est plus progressiste que le Conseil fédéral et le parlement.

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